Les Tagètes : des plantes médicinales, aphrodisiaques et de vision.

C’est dans nos jardins de la Mhotte dans l’Allier, dès 1993 – qui mélangeaient, systématiquement, en compagnonnage de plantes, les tomates, les basilics et les oeillets d’Inde –  et dans le premier catalogue de Terre de Semences, en 1994, que nous avons commencé à présenter des semences bios d’espèces de Tagètes très peu connues, tels que Tagetes minuta et Tagetes lucida, très rapidement suivies par les nouvelles créations variétales d’Oeillets d’Inde, de l’espèce Tagetes patula, de notre ami Mushroom en Oregon [1]. Dans ce catalogue, j’avais commencé à évoquer les propriétés médicinales – et y compris enthéogéniques – de certains Tagètes. Vingt cinq années, plus tard, je reprends la plume – à la requête des Muses des Tagètes.

Le nom Tagetes viendrait du personnage mythique Etrusque Tages – selon ce qu’en aurait écrit le botaniste Leonhart Fuchs dans son “De Historia Stirpium Commentarii Insignes”, publiée en 1542. Tages était un prophète shaman qui enseigna aux humains l’art de la divination – dont l’aruspicine, la divination à partir des entrailles d’un animal. Ce n’est peut-être qu’une belle histoire mais elle résonne parfaitement avec la filiation shamanique des Tagètes au Mexique, en particulier celle de Tagetes lucida.

tagete

Le genre Tagetes dans la Famille des Astéracées, comprend environ 55 espèces, dont la moitié sont vivaces. Les variétés annuelles de l’horticulture moderne proviennent, avant tout, des espèces annuelles Tagetes patula, Tagetes erecta, Tagetes tenuifolia et Tagetes lunulata – et dans une moindre mesure Tagetes minuta et Tagetes filifolia. Les espèces vivaces utilisées par l’industrie horticole sont Tagetes lucida (originaire du Mexique), Tagetes lemmonii (originaire de l’Arizona) et Tagetes palmeri (originaire de Sonora au Mexique).

Jacqueline Soule, en 1996, publia ses recherches quant à de nouvelles espèces potentiellement intéressantes pour le secteur horticole : à savoir pour les espèces vivaces, Tagetes campanulata, Tagetes mulleri, Tagetes parti et Tagetes nelsonii et pour les espèces annuelles Tagetes argentina, Tagetes remotiflora et Tagetes subulata. Il existe également une trentaine d’espèce de Tagètes en Amérique latine dont la nomenclature vient d’être très récemment restructurée. [31] En fait, selon la nouvelle classification phylogénétique concernant la Tribu des Tageteae (que certains incluent dans la Tribu des Heliantheae), le genre Hydropectis au Mexique serait un genre sœur et le genre Tagetes incluerait les genres Vilobia et Adenopappus. [32]

Très rapidement après leur introduction en Europe, les Tagètes furent inclus dans les herbiers/traités médicinaux tels que ceux de Fuchs en 1542 (“De Historia Stirpium Commentarii Insignes”) et de Gerard en 1596 (“Herbal”). Fuchs avait corrélé les Tagetes aux Tanacetum de par leurs parfums très proches.

On l’appellerait “Oeillet d’Inde” car il serait venu des Antilles, appelées “les Indes” – vu que Christophe Colomb se serait trompé de côté et aurait donc découvert les Amériques par pure chance …   

Selon “l’Histoire générale des plantes” du botaniste Jacques Daléchamps (1615), cette espèce se serait nommée Caryophillus indicus, Flos indicus, et Oeillet d’Inde, de façon illogique pour les botanistes de l’époque – car c’est Charles Quint qui l’avait découverte en “Barbarie” (à Tunis), d’où son nom Fleur d’Afrique, Fleur de Tunis ou Souci d’Afrique. Les Allemands l’appelaient la Tanaisie du Pérou, Tanacetum peruvianum, car ils étaient convaincus que cette espèce provenait du Pérou.

On voit difficilement comment les botanistes auraient qualifié cette plante “d’Inde” juste parce que provenant des Antilles alors qu’on l’avait découvert en Afrique – et en espagnol, il se nomme “clavel de Moro », « l’oeillet des Maures”. D’ailleurs, on voit tout aussi difficilement pourquoi on a appelé le maïs, pendant si longtemps, le “blé Turc” alors qu’il était supposé venir de l’ouest, à savoir des Amériques. Et c’est, en fait, la vérité occultée par les universités : le maïs est arrivé de l’est et c’est ce qui explique la présence d’épis de maïs sculptés sur des édifices deux fois millénaires en Inde !! L’histoire Occidentale officielle est une telle farce. Ainsi que l’histoire officielle de l’agriculture et de la domestication. Et nous y reviendrons dans un prochain épisode.

En fait, l’Oeillet d’Inde est tellement omniprésent dans tous les festivals religieux de l’Inde, du Pakistan, de Sri-Lanka, du Népal, et de toute l’Asie du sud-est, qu’on se demande bien depuis quand ces espèces y sont présentes.

D’ailleurs, on ne se pose plus cette question (que personnellement je ne me pose plus depuis une trentaine d’années) depuis que l’Université de Cambridge, en Décembre 2016, a communiqué sur la publication des recherches officielles d’archéologues de l’Inde qui affirment qu’au moins 85 espèces agricoles des Amériques sont cultivées en Inde depuis avant le 8 ème siècle. [34][35] L’histoire officielle Européenne de l’agronomie est une arnaque intellectuelle. 

Chez le peuple tribal de l’Inde, les Gonds, il est emblématique de leur divinité d’origine, ce qui laisse présupposer une certaine antiquité vu, que durant ces époques, les peuples Indigènes ne changeaient pas de divinité tutélaire juste par effet de mode. L’Oeillet d’Inde est connu, en Inde, sous une pléthore de noms sanskrits – Ganduga, Sandu, Sthulapushpa – tout comme les amarantes à grains originaires des Amériques Latines. C’est ce qui explique que les espèces Tagetes patula et Tagetes erecta soient des plantes de la Pharmacopée Ayurvédique.

Quant aux peuples des Amériques – du sud des USA au nord la Patagonie – ils ont utilisé les Tagètes comme plantes médicinales depuis des millénaires.

Aujourd’hui, dans la dictature Pharmacratique Française, les Tagètes sont strictement interdits en tant que remèdes mais autorisés en tant que compléments alimentaires : une fleur des Autorités au bon petit peuple, ou, en fait, à l’industrie des compléments alimentaires – qui sont destinés à combler le vide de nutrition généré par l’industrie de l’alimentation pesticidée. [19]

Grâce aux publications des ethnobotanistes tel que Louis Girault, James Duke, etc – nous savons que même des espèces peu connues de Tagetes – telles que Tagetes mandonii, Tagetes graveolens, Tagetes foeniculacea, Tagetes pusilla, Tagetes riojana, Tagetes filifolia – étaient réputées pour les mêmes qualités médicinales conférées aux espèces principales de Tagetes qui se sont répandues sur toute la planète. À savoir principalement comme plante vulnéraire, emménagogue, diurétique, digestive, carminative, antibactérienne et anti-rhumatismale. Les études pharmacologiques récentes – quant à la composition des huiles essentielles de ces espèces de Tagètes peu connues – confirment les usages traditionnels qui en ont été faits. [21], [22], [23], [24]. Dans cet article, nous allons nous concentrer sur les qualités médicinales, aphrodisiaques et visionnaires des quelques espèces de Tagètes les plus connues dans nos jardins.

Afin d’encourager les jardinières et les jardiniers à cultiver ces plantes très florifères, à en sécher et à en concocter des tisanes, des décoctions, des onguents, des teintures-mère pour la bonne santé des familles et des extraits fermentés pour la bonne santé des jardins.

Tagetes lucida.

Selon Montignac (1996), Hernan Cortez ramena une recette de cacao, vers 1528, contenant Tagetes lucida. Selon les ethnobotanistes Christian Ratsch et Claudia Müller-Ebeling, pratiquement tous les ingrédients entrant traditionnellement dans la recette du breuvage de cacao sont des plantes communément utilisées comme aphrodisiaques ou enthéogéniques, à savoir : Tagetes lucida, les piments (Capsicum sp.), Vanilla platifolia, Piper angustifolium, Pimenta dioica et les champignons psilocybes, les “Teonanacatl”. Dans l’art Maya pré-Colombien, des singes en érection sont souvent représentés fumant des cigarettes ou tenant une plante de cacao – une référence à leurs propriétés aphrodisiaques et à leur lignage shamanique. Les deux ethnobotanistes sus-cités indiquent, également, que les Aztèques intégraient, dans leur breuvage de cacao, les espèces suivantes : Quararibea funebris, Biwa orellana, Cymbopetalum penduliflorum, Solandra sp, Pimenta officinalis et Calliandra anomala.

Chez les Huichols du Mexique « Tagetes lucida a été fumé – en tant qu’aphrodisiaque – depuis l’époque coloniale Espagnole, soit pur soit en mélange à fumer. Les sommités fleuries séchées et les feuilles sont fumées dans des cigarettes confectionnées avec des spathes de maïs. Les Huichols de la Sierra Madre appellent Tagetes lucida soit tumutsali, soit yauhtli et ils fument cette plante soit pure soit en mélange avec l’espèce de Tabac, Nicotiana rustica. Ce mélange est souvent utilisé conjointement à l’ingestion de peyotl ou de tesgüino (une bière de maïs confectionnée par les Tarahumaras) ou de nawa (une autre bière) ou de ci (une tequila). Ces mélanges sont supposés induire des hallucinations (Siegel et al, 1977) et peuvent, certainement, potentialiser les effets d’autres stimulants. En tant qu’aphrodisiaque, le yauhtli est mélangé avec le “sinicuiche” – “l’ouvre soleil” en Nahuatl, à savoir l’espèce Heimia salicifolia. Il est conseillé aux femmes stériles de prendre des bains de yauhtli avec les espèces Heimia salicifolia, Rosmarinus officinalis et Lavandula angustifolia» (in “The Encyclopedia of Aphrodisiacs”. Christian Ratsch et Claudia Müller-Ebeling).

Tagetes lucida est une plante apaisante ainsi qu’une plante à rêves utilisée dans les techniques de rêves lucide. Et c’est vraisemblablement cette espèce de Tagetes qui était associée chez les Aztèques à Xochipelli, la divinité archétypique des fleurs et des substances enthéogéniques. Aucun alcaloïde n’a été découvert dans Tagetes lucida mais il contient une substance proche de la salvinorine (présente dans la plante enthéogénique Salvia divinorum au Mexique) qui n’aurait pas encore été identifiée. Selon, Siegel et al, « avec les yeux fermés, le mélange à fumer Huichol est réputé conférer les mêmes images et visions que celles du peyotl » .

Les Aztèques l’appelaient “yauhtli”, le Sombre, en “Nahuatl” – l’un de la trentaine de langages de la famille uro-aztèque qui s’étend de l’Idaho au El Salvador. Ils utilisaient cette espèce dans un encens rituel appelé “yyauhtl”. Selon Siegel, ce nom viendrait de “ujana” et signifierait “offrir de l’encens en sacrifice”. Les Aztèques saupoudraient une poudre de fleurs séchées sur le visage des prisonniers de guerre sacrifiés afin de les pacifier avant le sacrifice. Ses noms répandus au Mexique sont “pericon”, “santa maria” et “yerbanís”.

Il est à noter la dichotomie entre, d’une part, le nom Nahuatl, le Sombre, et, d’autre part, l’appellation scientifique latine de l’espèce “lucida”, brillante, du latin “lux” pour lumière. Une dénomination, d’ailleurs, qui sied parfaitement à la capacité qu’on lui confère de dynamiser des rêves lucides. Le “yauhtli” est parfois appelé “la plante à nuages” – mais ce sont des nuages, de fumée, qui confèrent la vision.

En fait, c’est aussi le concept de vision qui émane de l’appellation très commune des Tagètes en français, à savoir les “Oeillets d’Inde”. Oeillet vient du latin “oculus” et du verbe “oculo” signifiant : rendre clairvoyant, ouvrir les yeux, éclairer, conférer la vision.

Cette espèce a été utilisée médicinalement depuis une très longue antiquité, particulièrement pour toutes les pathologies en corrélation avec la divinité Toltèque de la pluie et de l’agriculture, Tlāloc. Elle était offerte rituellement en encens lors des festivals en honneur de Tlāloc : le festival d’Etzalcualiztli (signifiant le repas de soupe de maïs et de haricot) ; le festival de Tecuilhuitontli (signifiant la petite fête de seigneurs) ; et le festival d’Atemoztli (signifiant les chutes de pluie) durant lequel l’encens de Yauhtli était brûlé dans les quatre directions et durant lequel des représentations des montagnes de la région, en pâte d’amaranthe à grains (Amaranthus hypochondriacus et Amaranthus cruentus) étaient réalisées avec des offrandes de nourriture placées à leur côté. Tagetes lucida était également utilisé pour soigner les maladies induites par magie (in “Aztec Medicine, Health and Nutrition”. Bernard Ortiz de Montellano. 1990. Pages 196/198).

Cette espèce s’appelle “la fleur de Marie” car les shamans, curanderos et curanderas du Mexique – afin de se protéger de la persécution chrétienne – déguisèrent leurs pratiques médicinales et enthéogéniques et conférèrent aux plantes ou champignons des qualificatifs empruntés à l’hagiologie chrétienne. C’est ainsi que les champignons enthéogéniques du genre psilocybe ont été nommés “los Niños Santos, les Saints Enfants” ; le peyotl, “la Rose de Marie” ; le Datura ceratocaula, “atlinan” en Nahuatl, “Notre Dame des Eaux” ; et Turbina corymbosa, “ololiuqui” en Nahuatl, “Notre Seigneur”. Dans de nombreuses pratiques médicinales et rituelles des peuples antiques du Mexique, Tagetes lucida était souvent inséparable d’Artemisia mexicana, “iztauhyatl”, en Nahuatl. (in “Aztec Medicine, Health and Nutrition”. Bernard Ortiz de Montellano. 1990. Pages 196/198).

Chez les Mayas des hauts-plateaux du Mexique, Tagetes lucida pousse à une altitude variant de 1000 à 2700 m. C’est l’une des plantes majeures de leur pharmacopée et elle est avant tout utilisée pour soigner les douleurs abdominales, les douleurs épigastriques, la diarrhée, les troubles mentaux, les rhumatismes, l’arthrite. Ce sont surtout les sommités fleuries qui y sont utilisées mais parfois aussi les racines. Selon de très nombreux auteurs, cette espèce possède des propriétés médicinales antitussives, antispasmodiques, analgésiques, emménagogues, digestives, fébrifuges, utérotoniques et enthéogénique. Elois Ann Berlin, auteur de “Medical Ethnobiology of the Highland Maya of Chiapas. Mexico”, un magnifique ouvrage sur l’ethno-médecine Maya, a elle-même mis en valeur, dans son laboratoire, l’activité d’une teinture-mère alcoolique de fleurs de Tagetes lucida à l’encontre de Staphylococcus aureus, d’Escherichia coli et de Candida albicans. Cette même activité était induite par les racines les feuilles et les tiges et, dans les deux cas, potentialisée considérablement par l’exposition à de la lumière UV, indiquant par là-même la présence de composés phototoxiques.

Chez les Mayas K’iché du Guatemala, « Elle fait partie des 7 plantes cérémonielles présentes dans les rituels Mayas et on la brûle en particulier pour soigner les maladies (avec une Rue, Ruta chalepensis) » . Ils l’utilisent pour la toux, les problèmes gastriques et intestinaux, les douleurs menstruelles et post-partum, pour améliorer la lactation, pour l’asthme (in “Plantes Médicinales des Mayas K’iché”. Jean-Pierre Nicolas. Page 263). Chez d’autres Mayas du Guatemala, cette plante est utilisée pour soigner la malaria et aussi pour confectionner une teinture végétale pour les vêtements de par sa couleur jaune-rouge provenant de la lutéine – un carotène très anti-oxydant.

Chez les Tarahumaras du Mexique, qui l’appellent “basigo”, c’est l’espèce prédominante dans leur terroir. Le terme “basigochi”, un vocable très largement utilisé, signifie que l’éventail des Tagetes couvre toute leur sierra. La culture de cette plante est importante pour les Tarahumaras car elle possède une très bonne valeur marchande de par sa réputation pour les Mexicains de Chihuahan, pour lesquels ce breuvage est tout aussi populaire que le thé noir, la camomille ou la menthe. Les Tarahumaras l’utilisent pour les problèmes gastriques, les grippes, les refroidissements. Elle possède des effets calorifiques, diurétiques et diaphorétiques. (in “Tarahumara Medicine” de Fructuosos Irigoyen-Rascon. Page 169).

Chez les Mazahua du Mexique, elle est placée rituellement aux quatre coins de la mailla avant la récolte du maïs. [36]

Selon James A. Duke, cette espèce possède des propriétés anti-coagulantes, anticholinergiques, antidotes (scorpions), anti-inflammatoires, analgésiques, anti-oxydantes, antispeptiques, antispasmodiques, bactéricides, candidicides, hyptensives, utéro-relaxantes, nématocides, immuno-modulatrices, tachycardiaques, lymphocitogéniques, broncho-dilatatrices, diurétiques, emménagogue, fongicides, vibriocides et enthéogéniques. Elle est donc indiquée pour les pathologies suivantes : anémie, asthme, infections bactériennes, saignements, cardiomyopathie, choléra, refroidissement, coliques, dermatoses, diarrhées, dysménorrhées, fièvres, mycoses, gastrites, grippes, gonorrhée, malaria, nausées, névroses,  douleurs, pneumonie, rhumatismes, salmonelles. (in “Duke’s Handbook of Medicinal Plants of Latin America”. Page 689).

Les études pharmacologiques ont mis en valeur ses propriétés très antioxydantes [15], ses qualités anti-dépressives [3] [16], anxiolytiques et sédatives [17], et insecticides (en particulier à l’encontre du moustique Aedes aegypti).

Tellez-Lopez et al., en 2013, ont mis en exergue que Tagetes lucida est active à l’encontre de la qualité du sperme et de la fonction testiculaire ainsi que dans la libération de la gonadotrophine. [18] Ce sont des conclusions qui sont en phase avec sa réputation de plante abortive au Mexique, tout comme l’est Tagetes patula.

Tagetes minuta.

En Médecine traditionnelle, Tagetes minuta a été utilisé pour soigner les pathologies urinaires, intestinales et gastriques et, en règle générale, comme une plante anti-microbienne avec des qualités anti-bactériennes, biocides, antifongiques, antiseptiques et anthelmintiques.

En Amérique latine, on fait de ses feuilles une sorte de pesto avec de l’huile d’arachide et des piments forts qui est souvent servi avec des pommes de terre.

Selon James A. Duke, cette espèce possède des propriétés anti-abortives, antithelmintiques, anti-cancers, anti-inflammatoires, antiseptiques, antispasmodiques, antitumorales, antivirales, appéritives, bactéricides, broncho-dilatatrices, candidicides, carminatives, cholagogues, stimulantes, diaphorétiques, digestives, diurétiques, emménagogues, expectorantes, fongicides, hémostatiques, hypotensives, immunostimulatrices, insecticides, interferonogéniques, larvicides, nématocides, neurotoniques, purgatives, stimulantes, sédatives, vermifuges, vulnéraires (in “Duke’s Handbook of Medicinal Plants of Latin America”. Page 690).

Les peuples des Andes (qui le cultivaient tant dans les hautes vallées que dans les yungas) l’utilisaient en aromate et contre les douleurs gastriques mais également en infusion pour atténuer les effets des substances abortives (en mélange avec des excréments de pigeon ou de colombe) – in “Kallawaya. Guérisseurs itinérants des Andes”. Louis Girault. Page 465. L’auteur cite également un passage d’un manuscrit datant de 1680 et évoquant l’usage de cette plante pour le traitement des blessures, le soulagement des bronches, la suppression de la toux chronique, ses qualités diurétiques et ses qualités d’emménagogue.

Ramon Pardal, en 1937, dans son “Medicina Aborigena Americana”, confirme les qualités anti-abortives de cette espèce, “Huatacay”, (Page 178), au Pérou, et précise que la plante abortive utilisée communément était Euphorbia huachanchana. Il précise également que le Huatacay est un puissant vulnéraire.

Hethelyi et al. en 1986, ainsi que Cespedes et al. en 2006, ont étudié l’activité anti-microbienne de cinq métabolites secondaires (β-ocimène, dihydrotagétone, tagétone, Z-ocimènone et E-ocimènone) qui ont été testés sur 40 souches de bactéries et de champignons : l’huile essentielle de Tagetes minuta avait 100% d’effet inhibiteur sur les champignons et sur les bactéries à Gram positif et 95% d’effet inhibiteur sur les bactéries à Gram négatif.

Hudson, en 1990, a testé de nombreux métabolites secondaires pour leur action anti-virale et en a conclu que c’étaient les tiophènes qui démontraient l’activité la plus anti-virale avec de très petites doses et sans effets contraires. Une étude Italienne de 2010 a mis en valeur que parmi les six espèces de Tagètes étudiées – Tagetes erecta, Tagetes filifolia, Tagetes lucida, Tagetes minuta, Tagetes patula et Tagetes tenuifolia – c’était Tagetes lucida, Tagetes tenuifolia et Tagetes minuta qui étaient les plus prometteuses en termes d’activité de biocide de par leur concentration et productivité en tiophènes. [11] Les tiophènes présents dans les Tagetes sont des composés permettant à la plante de se défendre contre des attaques. Utilisés en agriculture, ils agissent comme des toxines activées par la lumière solaire ou les rayons UV en détruisant des “pathogènes” tels que des champignons, des nématodes, des insectes, des bactéries.

Des études récentes ont prouvé que cette espèce constituait un excellent bio-accumulateur, à savoir que ces plantes peuvent être utilisées pour dépolluer des terrains contaminés par la chimie.  [2]

En 1998, Martijena et al ont mis en valeur que son huile essentielle possède une activité anti-dépressive en raison de sa modulation négative de la fonction GABAergique.

En 2017, Ibrahim et al ont publié leurs recherches portant sur la découverte de deux nouveaux diterpènes, Tagetone A et B, qui sont actifs à l’encontre de certaines souches cancéreuses (des poumons, du sein et du colon). [8]

Une analyse de l’huile essentielle d’un chemotype d’Afrique du sud a mis en exergue 98 composés volatiles – dont le β-Ocimène (14,40%) était le plus prépondérant – ainsi que ses propriétés anti-oxydantes et anti-bactériennes à l’encontre de Streptococcus uberis, Streptococcus aureus, Escherichia coli, Mycobacterium smegmatis, Listeria ivanovii, Vibrio spp, et Enterobacter cloacae. [9]

Une analyse de l’huile essentielle d’un autre chemotype d’Afrique du sud – afin de mettre en valeur ses propriétés anti-oxydantes – a identifié, en fonction de l’état de la plante (frais ou sec) et des parties de la plantes, un certain nombre de composants (de 10 à 39) ainsi que les composants majeurs: cis-β-ocimène (38,03%) pour les tiges fraiches ; oxyde de caryophyllène (18,04%) pour les tiges sèches ; trans, cis-alloocimène (25,35%) pour les feuilles fraiches ; tétradécanoate d’isopropyle (17,02%) pour les feuilles sèches ; cis-β-ocimène (38,14%) pour les fleurs fraîches ; et trans-β-ocimène (37,03%) pour les fleurs sèches.[29]

Dans l’une des études, quatre monoterpènes étaient prédominants : limonene, β-Ocimène, dihydrotagetone et tagétone totalisant 70% de l’huile essentielle.

Une autre étude, menée par Parastoo Karimian et al, a mis en exergue les propriétés anti-oxydantes et anti-inflammatoires d’un chemotype Iranien ainsi que la composition de son huile essentielle : dihydrotagétone (33,86%), E-ocimène (19,92%), tagétone (16,15%), cis-β-ocimène (7,94%), Z-ocimène (5,27%), limonène (3,1%) et époxyocimène (2,03%). [10]

Une autre étude en Argentine a mis en valeur, dans le chemotype local, cis-Tagétone (53,2%), cis-β-ocimène (19.9%) et dihydrotagétone (10,4%). [12]

Pessoa et al. en 2006 et Ickes et al. en 2006 ont démontré l’activité anti-tumorale de Tagetes minuta à l’encontre du carcinome de Walker et du cancer du Poumon de Lewis. Ghada I. Mahmoud, en Egypte, en 2012, a démontré les activités anti-oxydantes et anti-cancéreuses de Tagetes minuta. [14] Le chemotype qu’il avait analysé contenait : cis-β-ocimène (54,82%), cis-tagétone (11,50%), trans-tagéténone (10,78%), cistagéténone (7.10%), dihydrotagétone (6,50%) et limonene (3,82%) et ce sont précisément ces métabolites secondaires qui lui confèrent ses propriétés anti-oxydantes et anti-cancéreuses.

Tagetes patula.

Au Mexique, cette espèce est appelée “Cempasúchil”, “Cempoalxóchitl” en Nahuatl ou “flor de muerto” en Espagnol. Elle est utilisée présentement lors de la fête des morts dans la religion chrétienne qui coïncide, quant à l’époque de l’année, avec un antique festival Nahuatl [39] de très grande importance dédié à la mère des divinités, Teteu Inna ou Tuci (in “Origen, naturaleza y usos del cempoalxóchitl”. Adriana Castro Ramirez) et qui était un festival de remerciements pour les récoltes.

Les parfums trop forts, de cette espèce, ayant été désélectionnés dans certaines variétés très modernes, il est possible que les propriétés médicinales de ces variétés en aient été amoindries.

Selon James A. Duke, cette espèce possède des propriétés analgésiques, anthelmintiques, anti-histaminiques, anti-inflammatoires, anti-prostaglandines, antiseptiques, antiserotoninergiques, anti-ulcères, astringentes, bactéricides, carminatives, diaphorétiques, diurétiques, emménagogues, fongicides, hémostatiques, hypotensives, insecticides, larvicides, nématocides, pectorales, purgatives, stimulantes, stomachiques, sudorifiques, vermifuges, vulnéraires (in “Duke’s Handbook of Medicinal Plants of Latin America”. Page 691).

Les peuples Andins utilisaient sa racine sèche ou fraiche, en mélange avec celle de Colignonia weberbaueri, comme contraceptif (in “Kallawaya. Guérisseurs itinérants des Andes”. 1984. Louis Girault. Page 465). L’auteur cite également un passage d’un ancien manuscrit en espagnol évoquant l’usage de cette plante pour le traitement des catarrhes, des blessures, des problèmes gastriques, de la toux et comme plante diurétique et emménagogue.

Son activité anthelmintique et nématocide a été prouvée à l’encontre du nématode gastro-intestinal, Haemonchus contortus [4] et des nématodes Meloidogyne incognita (dans le coton), Meloidogyne javanica et Meloidogyne paranaensis (dans le café). [30] Ses propriétés fongicides et fortifiantes ont été mises en valeur pour la culture des tomates par Nahak en 2017 [7] ainsi que ses capacités de bio-accumulation, à savoir de décontamination des métaux lourds tels que le cadmium. [6] Son activité insecticide a été prouvée à l’encontre du moustique Aedes aegypti [28].

Les semences et les racine sont utilisées comme purgatif tandis que les fleurs sont utilisées pour leurs propriétés antithelminthiques, carminatives et stimulantes.

En 2015, Kashif et al. ont prouvé en laboratoire l’utilisation de cette espèce dans le traitement de cancers par des tradipraticiens en évaluant les propriétés anti-oxydantes de trois flavonoïdes de Tagetes patula, à savoir la patulétine, la patulitrine et un acide protocatechuique. [38]

Piccaglia et all, en 1998, ont mis en exergue la présence de lutéine dans les fleurs de Tagetes patula et de Tagetes erecta. [40] Ensuite, Deineka et al. ont analysé [42] les effets du séchage sur la présence en xanthophylles, des caroténoïdes, de trois espèces de Tagètes, Tagetes erecta, Tagetes tenuifolia et Tagetes patula. 90% des xanthophylles étaient conservés lors d’un séchage en bonne condition et le taux de lutéine atteignait 15 mg/gramme.

En 2014, Munoz et al. ont analysé ses flavonoïdes afin de fonder ses qualités anti-oxydantes, [41] qualités qui sont également explicitées de par la présence, dans de nombreuses espèces du genre Tagetes, d’acides phénoliques tels les acides gallique, chlorogénique, cafféique, vanillique, p-coumarique, et férulique. 

Tagetes erecta.

Au Mexique, cette espèce est appelée “Cempasúchil”, “Cempoalxóchitl” en Nahuatl ou “flor de muerto” en Espagnol. La référence historique la plus ancienne date du Codex Florentino, au 16 ème siècle.

Selon “l’Atlas de las Plantas de la Medicina Tradicional Mexicana” [33], cette espèce a été traditionnellement utilisée pour les problématiques suivantes : problèmes gastriques, diarrhées, refroidissements, grippes, affections hépatiques, vomissements, parasites intestinaux, problèmes urinaires, bronchites, insomnies, troubles du système nerveux, diabète, rhumatismes, fièvres, toux, malaria, spasmes, cancers, tumeurs, affections dermatologiques, etc. Cette espèce est également conseillée pour les femmes enceintes en soins post-partum et pour faire cesser la lactation. Elle est également considérée comme plante abortive – alors que d’autres espèces de Tagètes possède des qualités anti-abortives.

Chez les Maya du Peten, cette espèce est utilisée pour les vers intestinaux, pour les douleurs gastriques, pour les pathologies urinaires, pour les morsures de serpents. Une macération d’une semaine des sommités fleuries est également utilisée comme insecticides dans les jardins, les milpas (in “Plantas de los Mayas Itza del Peten”. Page 154).

Chez les Tikunas de l’Amazonie, cette espèce est utilisée pour les fièvres et pour les pathologies oculaires ( in “The Healing Forest”. Schultes. Page 138 ).

Selon James A. Duke, cette espèce possède des propriétés analgésiques, anthelmintiques, anti-cancers, anti-tumorales, anti-mutagéniques, bactéricides, diaphorétiques, nématocides, sédatives, stimulantes, pectorales, insecticides, dépuratives, carminatives, laxatives, vermifuges – et également inhibitrices d’aldose réductase pour les diabétiques (in “Duke’s Handbook of Medicinal Plants of Latin America”. Page 687).

Une étude a démontré son activité antioxydante à l’encontre des cellules cancéreuses de la prostate. [20]

Piccaglia et all, en 1998, ont mis en exergue la présence de lutéine dans les fleurs de Tagetes patula et de Tagetes erecta. [40] Ensuite divers études [43] [44] ont analysé la composition, de Tagetes erecta, en caroténoïdes, et particulièrement la lutéine, qui, comme pour toutes les espèces, varie en fonction de la couleur des pétales selon les variétés.

Son activité bactéricide et fongicide a été prouvée à l’encontre de Fusarium oxysporum sp. niveum [5], Pseudomona aeruginosa, Staphylococcus aureus, Bacillus cereus, Escherichia coli, Candida albicans, Candida utilis, Aspergillus niger et Trichoderma viride.

La seule étude disponible portant sur sa composition en acides aminés libres ou liés – réalisée en 1982 par Sarin et Khanna – a mis en valeur l’absence d’arginine et de cystine et la prépondérance de l’acide glutamique.

En 2014, Honggao Xu et al. ont mis en exergue la composition de ses flavonoïdes (telle que la quercétagétine et de ses polyphénols afin de fonder pharmacologiquement ses capacités anti-oxydantes prouvées empiriquement. [37]

Une étude portant sur un chemotype Brésilien a mis en valeur les composants suivants dans son huile essentielle : limonène (10,4%), dihydrotagétone (11,8%), α-terpinolène (18,1%) et (E)-ociménone (13,0%) et en a conclu que cette espèce convenait parfaitement au traitement de souches cancéreuses sans léser les cellules normales. [13]

Les principaux monoterpènes de Tagetes erecta sont les suivants : α-terpinolène, (E)-ociménone, limonène, (Z)-β-ocimène, linalool, dihydrotagétone, pipéritone, pipériténone et (E)-tagétone.

Les principaux composants qui ont été analysés dans les feuilles de ses divers chemotypes sont les suivants: d-limonène, a-pinène, b-pinène, dipentène, ocimène, b-phellandrène, linalool, géréniol, menthol, tagétone, nonanal, acétate de linalyle, camphène, sabinène, myrécène, (z)-b-ocimène, (E)-b-ocimène, g-terpinène, terpinolène, p-mentha-1,3,8-triène, terpinène-4-ol, p-cymène-9-ol, pipéritone, thymol, indol, carvacrol, pipériténone, acétate de géranyle, b-élémène, cypérène, b-caryophyllène, (E)-b-farnésène, g-muurolène, g-élémène, et nérolidol. [25]

En 2002, une étude portant sur un chemotype de l’Iran a mis en valeur 34 composants de l’Huile essentielle des feuilles/tiges et des fleurs dont : β-caryophyllène (8,5 et 35,2%), terpinolène (18,4 et 6,3%), (E)-ociménone (12,6 et 9,8%), (Z)-β-ocimène (10,4 et 13,7%), pipériténone (10,4 et 2,6%), (Z)-ociménone (5,5 et 7,7%) et limonène (6,2 et 2,5%). [26]

En 2012, une étude portant sur un chemotype en Inde a mis en valeur 43 composants de l’Huile essentielle de toutes les parties aériennes dont : cis-ocimène (18,46%), (E)-oscimène (8,65%), l-limonène (11,16%), (E)-tagétone (10,56%), b-caryophyllène (6,9%) et dl-limonène (4,16%). [27]

Tagetes filifolia.

Chez les Maya des hauts-plateaux, Tagetes filifolia est principalement utilisé pour traiter les problèmes gastro-intestinaux (et dans ce cas, il est considéré comme une plante de chaleur, k’ixin) et pour soulager les fièvres (et dans ce cas, il est considéré comme une plante de froid, sik). En cas de diarrhées, les Mayas l’utilisent avec d’autres plantes tels que Tithonia diversifolia, Lantana camara… Tout comme pour Tagetes lucida, Elois Ann Berlin a démontré son activité à l’encontre de Staphylococcus aureus, d’Escherichia coli et de Candida albicans.

Xochi. Le 14 décembre 2017.