Usage et posologies de l'Artémisia

Usages, Préparations & Posologies

S’il est très difficile d’offrir, pour des non-initiés, une posologie précise pour telle ou telle pathologie, de nombreuses études prouvent, de manière empirique ou scientifique, l’extrême efficacité de l’Artémisia pour soigner de nombreuses maladies et en particulier la malaria. Chez Kokopelli, nous ne sommes pas spécialistes de l’utilisation des plantes médicinales — nous sommes plutôt experts dans la reproduction de leurs semences. Nous avons donc fait le choix, pour cette page sur l’utilisation de l’Artemisia annua, de nous appuyer sur l’excellent travail de Xochi (fondateur historique de Kokopelli) qui se consacre depuis plusieurs années à l’étude et à l’utilisation des plantes médicinales.

Vous retrouvez l’intégralité de son article “L’Artemisia dans la Pharmacopée Familiale”,
dont nous avons ici pris seulement quelques extraits, dans les articles de fond de la campagne.

L’Artemisia annua dans notre pharmacopée familiale

Il est essentiel de prendre les points suivants en considération pour l’usage avisé d’Artemisia annua – dans notre pharmacopée familiale :

  • Ses plantes fraîches, et ses macérâts de plantes fraîches, sont les plus puissants sur le plan de l’activité médicinale.
  • En frais, ou en sec, il est préférable de les soumettre à une ébullition contrôlée dans le temps et dans le spectre de température.
  • Tous les corps gras (huile, lait, etc), ainsi que l’alcool, favorisent l’extraction de ses principes actifs.
  • Le dosage, et la longueur du traitement, constituent des paramètres extrêmement cruciaux dans les soins.
  • Au bout de quelques mois de conservation sèche, la plante préserve ses qualités parasiticides mais perd une certaine proportion de ses qualités anti-oxydantes.
  • Il est extrêmement fondamental de n’utiliser que des pratiques culturales non toxiques et respectueuses de l’environnement car les espèces du genre Artemisia sont de puissants bioaccumulateurs.
Plante sèche d'Artemisia annua pour infusion
Plante sèche d'Artemisia annua pour infusion

Bioaccumulateurs

En ce qui concerne l’importance essentielle de cultiver “en bio” l’Artemisia annua, il faut prendre conscience que les Artemisia sont de puissants phytoextracteurs et phytostabilisateurs utilisés pour décontaminer les sols empoisonnés par les métaux lourds ou par les déchets radioactifs.  Par conséquent, toute plante d’Artemisia annua cultivée dans des sols toxiques et utilisée subséquemment en soins, confère tout autant une dose de pharmacie qu’une dose de poison létal.

Préparation et Stockage

De par la saisonnalité de l’Artemisia annua, ses plantes fraîches ne peuvent être utilisées que durant les mois de croissance, à savoir durant les mois d’été et d’automne.

Il est donc nécessaire de se confectionner, durant la saison de croissance, un stock de plantes sèches, ou un stock de macérats alcooliques, glycérinés ou huileux, préparés à partir des plantes fraîches d’Artemisia annua – ou préparés plus tard dans la saison, à partir de plantes sèches. Sur le plan de la productivité, on peut escompter récolter 1 à 2 kg de biomasse par mètre carré de sol cultivé. Tout pharmacien familial souhaitant produire sa propre HE d’Artemisia annua, peut compter sur un rendement de 0,04 % à 1,9 % d’HE par rapport à la biomasse totale sèche, en fonction des écotypes et des conditions de culture.

Plantes sèches

Lorsque les conditions le permettent, les plantes peuvent être séchées à l’ombre durant une période de trois jours à trois semaines, en fonction de la ventilation et de la température ambiante. En Egypte, par exemple, à 40°C de température ambiante, le séchage se réalise en 72 heures. Le séchage à l’ombre ne modifie en rien les capacités parasiticides, à savoir la concentration en artémisinine, mais il décroit quelque peu les capacités anti-oxydantes.

Une méthode rapide (et peu encombrante dans les petits espaces) est de sécher les plantes au four, pendant 24 heures, à basse température – à savoir 45 °C. Ce type de séchage ne modifie en rien les capacités parasiticides et anti-oxydantes des plantes.

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Galette d'Artemisia annua suite à un séchage de 5 mois "au plafond"

Quant à la méthode de séchage au soleil, son avantage est de privilégier une meilleure conversion de l’acide dihydro-artémisinique en artémisinine – à savoir 94% au lieu de 43% pour les plantes séchées au four ou à l’ombre – dont il est le principal précurseur biosynthétique. Par contre, il n’est pas conseillé de dépasser une certaine période en plein soleil, dépendante de la zone de culture, afin de ne pas générer une détérioration du feuillage, donc une perte de substances médicinales.

Lorsque les plantes sont totalement séchées, il est conseillé de les conserver à l’abri de la lumière dans des bocaux de verre ou de grands sacs en tissus. Le contenu en artémisinine est très stable lorsque la conservation est correcte : un an plus tard, il n’a quasiment pas évolué – et l’Ong Anamed parle même de trois années de conservation sans perte d’activité anti-parasitaire. Par contre, les plantes séchées “au plafond” commencent à se dégrader au bout de trois mois car ce sont les trichomes glandulaires des feuilles et des fleurs, très sensibles et fragiles, qui contiennent leur artémisinine – ainsi que leurs huiles essentielles.

Macérats alcooliques

Ils sont préparés à partir de plantes fraîches dont on emplit des bocaux en rajoutant de l’alcool le plus bio et le plus fort possible – l’idéal étant de l’alcool bio à 95°. Ce type d’alcool n’est malheureusement pas disponible commercialement en France. Ce macérât, ou teinture-mère (TM) d’Artemisia annua, est filtré au bout de quelques semaines. Il peut, cependant, se conserver, ainsi, pendant des mois et, en fait, pendant de très nombreuses années. Le filtrat obtenu se conserve d’autant plus longtemps, en années, que son degré d’alcool est élevé.

Macérats huileux 

Ils sont préparés à partir de plantes fraîches dont on emplit des bocaux en rajoutant de l’huile bio, par exemple de l’huile d’olive. Ce macérât huileux d’Artemisia annua, est filtré au bout d’un ou de plusieurs mois. Il est conseillé de conserver les huilats à des températures plutôt fraîches, et à l’abri de la lumière, afin de minimiser l’oxydation naturelle des huiles – tout en sachant que certaines espèces médicinales, préparées en macérats huileux, sont également elles-mêmes des anti-oxydants naturels.

Macérats glycérinés

Ils sont préparés à partir de plantes fraîches dont on emplit des bocaux en rajoutant de la glycérine bio. Cette méthode, outre le fait que la glycérine soit quelque peu collante, requiert que le macérât soit agité régulièrement pendant 4 à 5 mois, au minimum. De plus, les macérats glycérinés se conservent beaucoup moins longtemps que les macérats huileux ou alcooliques. L’accès à ce substrat de macérât ne semble pas aisé en Europe. Aux USA, par contre, la glycérine bio de soja se commercialise à environ 30 dollars le litre. Ce type de macérât, peu pratique il est vrai, rend possible, cependant, l’ingestion de Teintures-Mères de plantes médicinales, pour toutes les personnes ne souhaitant pas consommer de l’alcool. 

Macérâts huileux eT alcooliques d'Artemisia annua
Macérâts huileux et alcooliques d'Artemisia annua

Posologies et Usages de l’Artemisia annua

Traitement curatif du Paludisme

Dans le traité médical “Zhou Hou Bei Ji Fang”, datant de 340 EC, l’auteur, Ge Hong, recommande d’en faire une infusion à froid, de presser la plante pour en extraire le jus et de le boire pour faire tomber les fièvres. Cette infusion, très aisée, est confectionnée en recouvrant 100 grammes de matière sèche d’un litre d’eau chaude que l’on laisse macérer pendant une douzaine d’heures. Cette infusion peut, également, être confectionnée avec du lait chaud que l’on laisse macérer pendant  quatre heures. Pour le traitement du paludisme, le jus extrait de ces macérats est conseillé, chaque jour, durant une semaine.

Infusion
Infusion

En fait, selon Elizabeth Hsu, il existe même un manuscrit médical Chinois découvert dans une tombe close en 168 avant EC, près de Mawangdui, dans la province de Hunan, qui prescrit de confectionner ce macérât avec de l’urine. L’auteur suggère que l’urine, outre sa nature hygiénique de substrat non contaminé, favorise sans doute l’extraction de l’artémisinine et des dizaines d’autres monoterpènes et sesquiterpènes présents dans cette espèce.

Stephen Harrod Buhner propose également d’extraire le jus d’Artemisia annua au moyen d’un extracteur de jus. La posologie est alors d’une cuillère à soupe, par jour, pendant une semaine. Ce jus peut être conservé, pendant plusieurs jour, par l’injonction de 25% d’alcool. Selon lui, ce jus est de 6 à 17 fois plus puissant que l’artémisinine pure.

Il est également possible de confectionner des macérats alcooliques, ou glycérinés, à partir de plantes fraîches (en remplissant le bocal aux 2/3 ou aux 3/4) ou à partir de plantes sèches (en remplissant le bocal à moitié). La posologie est alors d’une cuillère à soupe, deux fois par jour, pendant une semaine.

Si nécessaire, tous ces traitements peuvent être renouvelés après deux semaines d’intervalle. Stephen Harrod Buhner estime que sur le plan pharmaceutique, le jus frais et le macérât alcoolique sont les deux meilleures formes de “pharmakon” pour cette espèce médicinale.

La quantité de matière proposée par Stephen peut paraître énorme – à savoir 100 grammes d’Artemisia sèche ou fraîche par litre de substrat – mais il faut tout d’abord préciser que les antiques auteurs Chinois évoquent “l’infusion d’un bouquet de Qing Hao dans deux shengs, à savoir dans 400 ml de liquide”. L’étude clinique Chinoise et non publiée, de Yao-de, rapporte des doses de 72 à 125 grammes pendant trois jours.

Quant à la Maison de l’Artemisia, en France, et à l’Ong Anamed, elles recommandent 5 grammes de plante sèche, ou 25 grammes de plante fraîche, quotidiennement et en infusion d’une quinzaine de minutes.

Selon les analyses de Frank van der Kooy et Robert Verpoote, l’optimum d’extraction est, pour 9 grammes de matière par litre à 100°C, à ébullition pendant 2 à 5 minutes, de 75 mg d’artémisinine. A une température de 80 à 90°C, pendant 10 minutes, ils n’obtinrent que 8 à 13 mg d’artémisinine, pour ces mêmes 9 grammes de matière par litre. Par contre, lors d’autres expérimentations, pour 40 grammes de matière par litre à 100°C, à ébullition pendant 2/5 minutes, ils obtinrent un maximum de 175 mg d’artémisinine. L’artémisinine commençait à être détruite à une température de 115°C.

Cette quantité conséquente de matière sèche par litre est corroborée par la naturopathie US qui préconise, par exemple pour le traitement du Lupus erythematosus systémique, de 20 à 30 grammes par jour pour conférer au patient de 200 à 600 mg d’artémisinine quotidiennement.

Pour des traitements extrêmement pointus nécessitant telle ou telle dose quotidienne d’artémisinine, on ne peut pas faire l’économie de l’analyse de la souche d’Artemisia annua utilisée car, en fonction des divers écotypes ou cultivars modernes, et en fonction des conditions de culture, sa teneur en artémisinine peut varier de 0,01 à 2%.

Rappelons, toutefois, qu’il est contre-productif de se focaliser, outre mesure, sur l’artémisinine dans la mesure où c’est un cocktail de terpènes, de flavonoïdes, de coumarines, de composés aliphatiques, et d’autres acides phénoliques, qui fait de l’Artemisia annua une panacée systémique. Ainsi, c’est la présence de certains flavonoïdes (tels que l’artémétine, la casticine, le cirsilinéole, la chrysophlénétine, etc) qui potentialisent l’action de l’artémisinine, même lorsqu’elle est prévalente dans des proportions 10 ou 20 fois inférieures aux doses prescrites pour la molécule unitaire extraite ou de synthèse.

Traitement préventif du Paludisme

La Maison de l’Artemisia, une organisation très impliquée en Afrique dans la lutte contre la malaria, recommande une infusion quotidienne de 5 grammes de feuilles sèches pour 1 litre d’eau :

  • Pour les personnes vivant dans des zones où le paludisme est présent à raison de deux fois par semaine pendant la saison des pluies.
  • Pour les personnes se rendant occasionnellement en zones à risques de la veille du voyage jusqu’à une semaine après le retour.

Traitement curatif du Cancer

Sur les 800 articles concernant Artemisia annua publiés par PubMed aux USA, une trentaine seulement sont afférents au traitement du cancer – mais ils sont largement prometteurs quant au traitement des cancers de la prostate, du pancréas, du sein, du foie, du cerveau, du colon, etc. En effet, l’artémisinine s’est avérée hautement létale pour toutes les cellules cancéreuses qui, de par leurs besoins cellulaires, regorgent de fer. Lorsqu’elle entre en contact avec du fer, l’artémisinine déclenche la libération de radicaux libres intra-cellulaires qui détruisent, ainsi, les cellules cancéreuses.

Il est à noter, également, que l’Artemisia annua contient de la scopolétine qui est aussi une substance anti-cancer. Cette substance médicinale se retrouve amplement dans la Famille des Solanacées – par exemple les Belladones, du genre Atropa, dont deux espèces sont présentées cette saison 2019 par Kokopelli, à savoir Atropa caucasica et Atropa komarovii. Nonobstant, ces Solanacées sont moins aisées d’usage que l’Artemisia annua ou autres Artemisia.
Quant à la posologie des diverses préparations d’Artemisia annua, dans le traitement du cancer, les doses, les durées et les intervalles entre les traitements varient en fonction des auteurs ou des thérapeutes. A minima, il s’agit de suivre le même traitement que pour le paludisme et de l’étendre sur une période de plusieurs semaines ou de plusieurs mois en fonction des besoins, des intervalles nécessaires entre les traitements et de la capacité du patient à “digérer” cette plante. Certaines études portant sur des cancers d’animaux font état d’une rémission totale au bout d’un traitement de 10/15 jours. Une autre étude de laboratoire, in vivo, fait état de 98% de destruction de cellules cancéreuses du sein en l’espace de 16 heures.

Effets collatéraux et contre-indications

Environ un quart des patients ayant recours à l’Artemisia annua, pour traiter leur paludisme, ont rapporté de légères nausées et parfois des acouphènes, des étourdissements et de légères douleurs abdominales. Ces symptômes disparaissent à la fin du traitement ponctuel.

L’Artemisia annua s’avère un allié médicinal très puissant de l’espèce humaine mais qu’il faut, néanmoins, apprivoiser – en particulier lorsque des traitements de longue durée sont envisagés avec de fortes concentrations de la plante. Comme toutes les autres Artemisia qui sont les plantes d’Artemis, la Déesse des Païens et la Mère des Sorcières, l’Artemisia annua est, pour l’espèce humaine, de la pure dynamique médicinale – pour ne pas dire de la pure dynamite médicinale à faire exploser au coeur de la Mafia Pharmacratique.

Petits Maux Passagers

Pour les petits maux, plus ou moins passagers, de la vie quotidienne : les fièvres, les douleurs intestinales, les problèmes de digestion, les parasites intestinaux, les infections urinaires, etc, le dosage doit être naturellement déterminé à la mesure de la gravité de la pathologie, de l’âge de la personne, de la puissance médicinale de telle ou telle souche ou population d’Artemisia annua, etc. Il faut tester, expérimenter, être patient et être à l’écoute.