Les Maïs pour l’Afrique du CIMMYT: Mythe ou Réalité?

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Les Maïs pour l’Afrique du CIMMYT: Mythe ou Réalité?

Je conçois que la lecture d’un tel dossier puisse s’avérer quelque peu laborieuse et déprimante. Mais c’est la triste réalité qui prévaut actuellement en Afrique. Cet article présente 120 liens qui renvoient, la plupart du temps, vers les informations communiquées par l’ennemi. Car c’est bien des ennemis de l’Afrique – et de toute l’humanité – qu’il s’agit. Ils ont lancé une guerre inexorable à la Vie et ils iront jusqu’au bout de leur folie meurtrière. 

L’idéal du paysage agricole Africain pour le CIMMYT, l’AATF et l’AGRA – et pour leur seconde Révolution Verte –  c’est l’Afrique du sud. Pourquoi l’idéal? Tout simplement parce que Monsanto, Limagrain, Syngenta et Pioneer/DuPont y sévissent depuis très longtemps. Parce que l’ABCD des multinationales alimentaires – Archer Daniels Midland, Bunge, Cargill et Dreyfus – y sévissent depuis tout autant de temps. Parce que le pays est déjà couvert, depuis un demi-siècle, d’hybrides F1 et de chimères génétiques (120). Parce que ce pays constitue une très bonne base pour exporter des grains chimériques par centaines de milliers de tonnes vers les pays avoisinants pour les contaminer. Parce que les sols sont brûlés par les intrants chimiques depuis des dizaines d’années, donc infertiles, donc en besoin permanent de fertilisation de synthèse.  Et parce que 50 000 agriculteurs (blancs) – et quelques entités de l’agrobusiness – possèdent déjà 80% des terres agricoles, à savoir 82 millions d’hectares. Le rêve absolu pour les psychopathes des multinationales biocidaires (106).

Au début du 19 ème siècle, les Anglais ont été les témoins de productivités extraordinaires de blé et de riz en Inde (4 tonnes de blé l’hectare dans la région de Allahabad en Uttar Pradesh et plus de 10 tonnes de riz l’hectare dans le Tamil Nadu, par exemple) de par l’extrême sophistication de l’agriculture strictement écologique du sous-continent (107). C’est pour cela qu’au début du 20 ème siècle, l’Empire Anglais voulait faire de l’Inde son grenier à céréales. Et c’est pour cela, bien sûr, que les Occidentaux ont introduit la “Révolution Verte” en Inde dès 1961: pour tout détruire ce qu’ils n’avaient pas pu coloniser à l’extrême.

En ce début de 21 ème siècle, l’Empire Occidental projette de faire du vaste continent Africain (très riche en réserves d’eau) son grenier à grain pour les estomacs des pays riches et son grenier à nécro-carburants pour les réservoirs des véhicules de ces mêmes pays (108) – en détruisant ses populations paysannes, ses sols vivants et sa biodiversité. D’où l’extrême urgence de mettre en place une pléthore de méga-rideaux de fumée pour contrer la prise de conscience sans cesse croissante des peuples eu égard au terrorisme alimentaire répandu sur toute la planète par une poignée de multinationales criminelles et par leur laquais dans les Etats, ONGs et autres pseudopodes institutionnels. 

 

Et, au risque de jouer les empêcheurs d’enfumer en rond, pouvons-nous demander aux chargés de communication du CIMMYT où sont, d’ailleurs, produites les semences de ces 17 variétés DTMA? En effet, si l’on se réfère à la photo (prise fin juillet 2014) et à sa légende en première page de la dernière newsletter DTMA (47) du CIMMYT (septembre 2014), il apparait que l’opération de multiplication de semences de la variété TZH 536 est réalisée par Suba-Agro à Lyamungo, à 1200 mètres d’altitude sur les pentes du Kilimandjaro et ce, en pleine mousson!! Témoin l’herbe verte et drue croissant en bordure de champ! Lyamungo est connu pour son café Arabica et ses bananes et le climat y est encore plus humide que celui de Moshi, avec deux moussons par an. Est-il normal, sur le plan de la logique agronomique, qu’une variété CIMMYT de maïs F1 extrêmement résistante à la sécheresse soit multipliée pour la semence en pleine mousson sur les pentes du Kilimanjaro? Mais peut-être les agronomes du CIMMYT n’ont-ils jamais entendu parler d’épigénétique?
Si l’on se réfère à la photo (prise fin juillet 2014) et à sa légende en première page de la dernière newsletter DTMA du CIMMYT (septembre 2014), il apparait que l’opération de multiplication de semences de la variété TZH 536, extrêmement résistante à la sécheresse, est réalisée par Suba-Agro à Lyamungo, à 1200 mètres d’altitude sur les pentes du Kilimandjaro et ce, en pleine mousson!! Témoin l’herbe verte et drue croissant en bordure de champ! Lyamungo est connu pour son café Arabica et ses bananes et le climat y est encore plus humide que celui de Moshi, avec deux moussons par an.
Est-il normal, sur le plan de la logique agronomique, qu’une variété CIMMYT de maïs F1 extrêmement résistante à la sécheresse soit multipliée pour la semence en pleine mousson sur les pentes du Kilimandjaro?
Mais peut-être les agronomes du CIMMYT n’ont-ils jamais entendu parler d’épigénétique?

L’objectif déclaré de ce présent article est de tenter de percer l’épais rideau de fumée qui entoure les annonces récentes (septembre 2014) et plus qu’abondamment relayées et commentées – tant par les médias “scientifiques”, telle que la revue Nature (21) et les médias publics (31) que par les médias alternatifs (22) – concernant une panoplie de variétés de maïs nouvellement créées, sous l’égide du CIMMYT, au bénéfice des pauvres paysans Africains, qui seraient prétendument résistantes à la sécheresse et/ou adaptées à un faible apport d’azote. Ces diverses annonces s’appesantissent toutes lourdement sur le fait qu’il s’agirait de méthodes d’obtention et de sélection “conventionnelles” et non point de méthodes dites “transgéniques”.

Une telle campagne publicitaire paraît d’autant plus suspecte que – ainsi que je l’ai analysé dans mon récent article “Les Multinationales des Nécro-technologies à l’assaut des Semenciers Industriels Africains” – le Gang des Quatre (Limagrain, Monsanto, DuPont et Syngenta) est en processus de rachat des principaux semenciers industriels Africains impliqués dans les grandes cultures, dont bien sûr le maïs qui est devenu la culture alimentaire principale en Afrique.

L’investigation n’est pas des plus aisées car les rideaux de fumée sont opaques et multiples, les sites internet ont parfois des liens cassés, les listes officielles sont aléatoires en fonction des années, les dates sont erronées, certaines informations sont mensongères, etc.

Cet article pourrait également s’intituler “Les Maïs pour l’Afrique du CIMMYT: un mythe ou de la dynamite?” car si l’on en croit les déclarations officielles dithyrambiques du CIMMYT (et de ses pseudopodes) quant au programme IMAS, il ne s’agirait de rien de moins qu’une énième révolution verte: à savoir la création de variétés modernes hyper-productives de maïs fonctionnant quasiment sans eau et sans azote! La ruine annoncée de tous les vendeurs de fertilisants de synthèse!

Rappelons tout d’abord que le CIMMYT est l’International Maize and Wheat Improvement Center, le Centre International pour l’Amélioration du Blé et du Maïs. Le CIMMYT est présent et actif en Afrique depuis 1966, à savoir l’année même de sa fondation au Mexique.  Pour ce qui concerne “l’amélioration” du maïs en Afrique, le CIMMYT a mis récemment en place plusieurs programmes:

– l’IMAS (Improved Maize for African Soils ou Maïs Amélioré pour les Sols Africains) (1) est lancé en février 2010. Ses objectifs déclarés sont de développer de nouvelles variétés de maïs adaptées aux sols Africains, et au «peu de fertilisants de synthèse que les paysans sont capables de se procurer»; à savoir des variétés produisant 20% de plus par des méthodes “conventionnelles” en l’espace de 4 années, ou moins, et des variétés produisant de 30% à 50% de plus par des méthodes utilisant des “marqueurs génétiques” en l’espace de 7 à 9 années ou par des méthodes “transgéniques” en l’espace de 10 années. Ces nouvelles variétés sont soit des variétés en pollinisation ouverte, soit des variétés hybrides F1, soit des variétés hybrides F1 chimériques, par le recours à des transgènes développés par Pioneer Hi-Bred (30). Elles sont ensuite confiées, libres de droit, aux semenciers Africains, à savoir sans le paiement de royalties.

– le WEMA (Water Efficient Maize for Africa ou Maïs Économe en Eau pour l’Afrique) est lancé en 2008.  L’objectif déclaré de ce programme est de créer de nouvelles variétés de maïs résistantes à la sécheresse et produisant de 24 à 35% de plus que les variétés couramment disponibles. Ces nouvelles variétés sont obtenues par la sélection conventionnelle, le marquage génétique et la transgenèse. (24) Elles sont ensuite confiées, libres de droit, aux semenciers Africains, à savoir sans le paiement de royalties.

– le DTMA (Drought Tolerant Maize for Africa ou Maïs pour l’Afrique résistant à la sécheresse) est lancé en 2006 par le CIMMYT et l’IITA (International Institute for Tropical Agriculture). L’objectif déclaré de ce programme est de mettre à la disposition des paysans de 13 pays d’Afrique des variétés de maïs résistantes à la sécheresse.

Si l’on se réfère aux articles publiés dans la presse, le programme DTMA aurait développé 153 nouvelles variétés de maïs depuis 2006, le programme IMAS aurait développé 21 nouvelles variétés de maïs depuis 2010 et le programme WEMA aurait développé 80 nouvelles variétés de maïs depuis 2006.

 

Les variétés de maïs “fertiliser friendly” du programme IMAS

En juillet 2013, l’Association Africaine du Commerce des Semences (AFSTA) déclare que trois variétés “fertiliser friendly” (“adaptées à un petit apport en azote”) du projet IMAS/CIMMYT sont introduites sur le marché de l’est de l’Afrique (3): WH 507 au Kenya, HB 513 en Tanzanie et PGS 63 au Zimbabwe.

Au Kenya, c’est la Western Seed Company qui commercialise la variété hybride F1 WH 507 (11). En fait, cette compagnie semencière, spécialisée dans les hybrides F1 de maïs, commercialise également actuellement WH 505, WH 301 et WH 402 dans sa ligne de variétés de maïs “résistantes à la sécheresse et adaptées à un petit apport en azote”. Ses partenaires incluent le CIMMYT et BASF. En 2007, le CIMMYT dans sa Newsletter évoque le succès rencontré depuis 2005 par la variété de Western Seed, WH 502 (12) «en raison de sa grande productivité et de sa capacité de s’adapter à un petit apport en azote». Quant à la variété WH 505, (qui existe déjà depuis plus de 5 ans) selon des témoignages placés sur le site de Western Seed, elle serait très productive et les paysans sont satisfaits de récolter 32 sacs par acre. (13)

Au Kenya, Western Seed Company n’est pas le seul acteur dans le secteur semences maïs. C’est, en effet, la compagnie semencière Kenya Seed Company (détenue à 52% par l’Etat) qui commercialise le plus de variétés hybrides F1 de maïs. Elle est spécialisée dans le maïs, le tournesol, le sorgho, le colza, le blé, le millet et elle est présente tant sur le marché Africain que sur le marché Européen. Elle distribue des hybrides F1 de maïs depuis 1962. Elle commercialise également des semences potagères, des fertilisants de synthèse et des pesticides au travers de sa filiale Simlaw Seeds rachetée en 1979. Kenya Seed Company a également racheté en 2002 le semencier Kibo (en Tanzanie) et le semencier Mt. Elgon (en Ouganda). Elle compte parmi ses partenaires Syngenta Kenya. Et Alfred Busolo Tabu, l’un de ses directeurs, est dans le conseil consultatif du programme DTMA du CIMMYT.  Dans sa gamme de plusieurs dizaines de variétés hybrides F1 de maïs, elle n’en propose aucune qui serait “fertiliser friendly”. Il en est de même pour SeedCo Kenya et Pannar Seeds Kenya qui semblent complètement étrangers à ce concept.

Pour mémoire, rappelons qu’il n’est pas autorisé, officiellement, de commercialiser ou de cultiver des OGMs au Kenya. Cependant une étude de 2012 a mis en valeur que 7% des produits analysés étaient contaminés (7) par les maïs Bt et Roundup Ready de Monsanto. Il faut préciser qu’en début 2010, la multinationale Louis Dreyfus obtient la permission du gouvernement d’Afrique du sud d’exporter 280 000 tonnes de maïs chimérique vers le Kenya.

En Tanzanie, Meru HB 513 (un hybride F1 à trois voies) est commercialisé par Meru Agro qui affirme que cette variété a été l’une des plus adaptées à de faibles quantités d’azote dans les tests conduits, par le projet IMAS dès 2011 et 2012, sur 35 variétés (2) issues des secteurs publics et privés. Depuis 2013, la compagnie a produit 1200 tonnes de semences de HB 513. Elle commercialise également des fongicides, des herbicides et des insecticides. Le PDG de Meru Agro, Watanga Chacha, déclare en septembre 2014: «Nous avons créé quatre variétés de maïs hybrides en collaboration avec le CIMMYT et nous produisons également les semences de variétés de maïs en pollinisation ouverte sélectionnées par le programme national de Tanzanie.» Il existe effectivement, sur le site internet de Meru Agro, une liste de 5 variétés de maïs OP (en pollinisation ouverte) mais cette liste n’amène qu’à des liens brisés et il est impossible de savoir si ces variétés OP sont réellement disponibles ou juste simplement virtuelles. M. Chacha ayant clairement laissé entendre qu’il préfère, de loin, le marché captif généré par les hybrides F1, il semble sage de ne pas se faire trop d’illusions quant à leur disponibilité chez cette compagnie semencière. En effet, Meru Agro se focalise avant tout sur les variétés hybrides à cause des “demandes du marché”. «La plupart des paysans de Tanzanie passent maintenant des variétés à pollinisation ouverte aux hybrides F1» rajoute-t-il. (4) La compagnie Meru Agro est en train de distribuer, en partenariat avec des institutions telles que le TAP (Tanzania Agricultural Partnerships), et le FIPS, 400 000 paquets de 2 kgs de semences de maïs (hybrides F1 bien évidemment) à de tout petits paysans possédant entre 1/10ème d’hectare et 1,5 hectare. Et Chacha de rajouter «qu’il existe un énorme marché non exploité en Tanzanie car le maïs est l’aliment principal». C’est le CIMMYT lui-même qui forme les commerciaux de Meru Agro aux stratégies de commercialisation de semences. Meru Agro a commencé ses activités en 2006 avec 3 salariés et en 2014, il en a 34: une croissance fulgurante! Il semble être un partenaire très “privilégié” du CIMMYT.  Leur outil préféré pour toucher les petits paysans: la radio. Chacha précise «Nous enregistrons nos publicités dans les accents locaux afin que les diverses audiences puissent s’y identifier».

Précisons que le FIPS est le “Farm Input Promotional Services”, un business “sans but lucratif” (sic) basé au Kenya, soutenu par USAID et la Fondation Rockefeller, pour fournir aux petits paysans de l’Afrique des semences “améliorées”, des fertilisants de synthèse et des biocides. (5) Parmi ses partenaires privés: Monsanto (distribution de Roundup et de maïs F1), Pioneer Hi-Bred, Pannar Seeds,  Bayer (distribution de Mocap, un insecticide/nématocide), Agri-Seed Co (qui fournit des sachets de 150 grammes des lignées hybrides de maïs Duma et Simba), Western Seed Co (qui a fourni 100 000 sachets de 150 grammes de semences de 4 variétés de maïs dont trois F1) … (6)

Quant à la troisième variété PGS 63 de l’IMAS, il n’en existe aucune trace au Zimbabwe. Le leader de la semence de maïs hybrides dans ce pays, SeedCo, ne la liste pas dans ses catalogues et la variété n’est absolument pas répertoriée sur internet. La seule information digne d’intérêt au Zimbabwe, au 22 octobre 2014, c’est l’augmentation considérable du prix des semences de maïs (8): une augmentation de 31%, ce qui met les paysans en rage car on leur promettait une stabilité des prix. Une autre information digne d’intérêt en août 2014: alors que les chimères génétiques sont interdites à la vente et à la culture au Zimbabwe, 121 000 tonnes de maïs OGM ont été introduites illégalement en provenance d’Afrique du sud entre février et juillet 2014. (9) Est-ce pour consommer ou est-ce pour semer? Gageons qu’une partie de ces 121 000 tonnes de maïs chimérique, introduites illégalement au Zimbabwe, seront semées dans les champs des petits paysans qui n’ont pas le luxe d’acquérir des semences certifiées de maïs hybrides F1 avec une augmentation de prix de 31%.

Si l’on résume la situation relative à ces trois variétés “fertiliser friendly” (“adaptées à un petit apport en azote”) du programme IMAS/CIMMYT. La première, PGS 63, est inexistante; la seconde, WH 507, fait partie d’une gamme de variétés similaires existant depuis au moins 2005; la troisième, Meru HB 513, était déjà en culture durant les années 2011 et 2012 et ce n’est pas du tout une nouvelle création émanant du programme IMAS/CIMMYT lancé en 2010.

En conclusion de cette brève investigation relative aux variétés “fertiliser friendly” officiellement proposées par le projet IMAS/CYMMIT:

1. La nouvelle campagne “Improved Maize for African Soils Project” dont l’objectif est de développer de nouvelles variétés de maïs adaptées au «peu de fertilisants de synthèse que les paysans sont capables de se procurer», et lancée en février 2010 (17) avec supposément des variétés proposées “d’ici 2014”, n’a pour le moment proposé aucune nouvelle variété, depuis 2010, malgré les grandes déclaration en 2013 de l’Association Africaine du Commerce des Semences. Rappelons que le site internet de Meru Agro précise, en s’en félicitant, que le projet IMAS a passé au crible, depuis 2010, 35 variétés des secteurs public et privé, en Tanzanie, et que c’est sa variété HB 513 qui est arrivée en tête. (16)

Maintenant, la question se pose de savoir où sont toutes les autres variétés du programme IMAS puisque la Revue Nature, dans son article retentissant, évoque la création de 21 variétés IMAS depuis 2010 qui seraient supposément commercialisées en 2015 dans 8 pays (donc en production de semences en 2014). Il n’existe aucune liste nulle part, sur le site du CIMMYT, déclinant ces 21 variétés IMAS. Il n’existe que des listes de lignées donatrices (parentales) (32) – dont le nombre et la composition varient en fonction des années et des newsletters – qui ont été retenues de par leur capacité de croître sur un sol supposément dépourvu d’azote.

Est-ce donc une gigantesque surprise que le programme IMAS du CIMMYT prépare au monde des petits paysans Africains pour 2015 (c’est demain) ou tout cela n’est-il qu’un vaste rideau de fumée occultant d’autres problématiques ou d’autres objectifs plus délicats à dévoiler à l’opinion publique? 

2. Le CIMMYT déclare que 70% des 17 millions d’hectares cultivés en maïs en Afrique du Sud et de l’Est le sont sans apport de fertilisants (de synthèse, nous présumons). Il affirme également que «Le CIMMYT a prouvé qu’il existe une diversité génétique conséquente de maïs capables de croître dans des sols sévèrement dépourvus d’azote. Cette variabilité se manifeste par des différences génotypiques dans de nombreux processus physiologiques et traits morphologiques, incluant l’architecture racinaire, les enzymes d’assimilation de l’azote, le maintien de la fonction photosynthétique après la floraison et la remobilisation de l’azote à partir des tissus végétatifs vers le grain» (30). Et nous sommes fort aise qu’ils l’affirment de manière aussi cohérente. Cette diversité génétique des maïs traditionnels est, bien sûr, bien à l’abri des regards indiscrets dans la banque du CIMMYT au Mexique et dans la morgue glaciale de Monsanto/Bill Gates à Svalbard en Norvège.

Une question d’une logique implacable s’impose donc à tout cerveau normalement constitué: si des variétés hybrides F1 de maïs, de courte saison, “adaptées à une petite quantité d’azote” fonctionnent tout aussi bien, sur le plan de la productivité (14) (15), que d’autres variétés hybrides F1 “NON adaptées à une petite quantité d’azote”, n’avons-nous pas là une preuve irréfutable (s’il en fallait une autre!) que les variétés hybrides F1 de maïs, nécessitant de grosses quantités de fertilisants pour fonctionner, constituent tout simplement une arnaque gigantesque? 

 

Les variétés de maïs “résistantes à la sécheresse” du programme DTMA

L’article de Nature (21) du 16 septembre 2014, cité plus avant, affirme que «le programme DTMA, qui a été lancé en 2006 avec un budget de 33 millions de dollars, a développé 153 nouvelles variétés afin d’accroître la productivité dans 13 pays… Une analyse publiée en début d’année a déclaré que, d’ici la fin du programme en 2016, le surplus de productivité généré par les variétés de maïs résistants à la sécheresse pourrait contribuer à réduire de 9% le nombre de personnes vivant dans la pauvreté dans ces 13 pays.» La Revue Nature fait ici référence à une étude  publiée durant l’hiver 2014 dans “The Journal of Developing Areas” par sept chercheurs du CIMMYT, de la FAO, etc, et intitulée “Economy, production and poverty impacts of investing in maize tolerant to drought in Africa: an ex-ante assessment”. (26)

An ex-ante assessment! A savoir une évaluation au préalable, dans le jargon. Le résumé de cette étude suffit amplement à tousser de bon cœur devant un tel rideau de fumée d’expertise!  «En considérant le remplacement intégral potentiel des variétés améliorées par des variétés résistantes à la sécheresse, d’ici 2016, tous ces pays pourraient générer des gains économiques de l’ordre de 907 millions de dollars, avec des gains conservateurs de productivité, ou de l’ordre de 1535 millions de dollars, avec des gains optimistes de productivité». Afin de ne pas trahir le très haut niveau de subtilité de ces éminents chercheurs, la traduction est littérale. De par la syntaxe anglaise utilisée, nous avons hésité quant à la détermination de ce que ces chercheurs voulaient réellement remplacer. Malgré que cette analyse soit réservée au club, nous l’avons finalement dénichée sur le web (27): c’est donc bien les variétés améliorées qu’il faudrait remplacer, selon ces chercheurs, et non pas les variétés “couramment disponibles” (une expression favorite du CIMMYT qui fait ainsi référence aux variétés dites de population ou bien encore aux variétés hybrides recyclées génération après génération par des paysans n’ayant pas les moyens de se racheter de la semence certifiée). Cette analyse – qui constitue le fondement de l’article de la revue prestigieuse Nature – n’est qu’un fouillis d’équations et de formules mathématiques occultes sur de très nombreuses pages avec parfois quelques paragraphes en anglais! 

Tels que le résumé de l’analyse, ainsi que l’article de Nature, le présentent, les auteurs imaginent l’impact financier d’un remplacement intégral, et potentiel, par des variétés de maïs résistantes à la sécheresse dans la période allant de 2014 à la fin du programme en 2016. N’est-il pas étrange que ces sept chercheurs (dont 3 font partie du CIMMYT et de l’IITA, les organismes qui gèrent le programme) fassent comme si les 153 “nouvelles variétés développées depuis 2006” n’avaient jamais été mises en culture en Afrique?

Si nous analysons, maintenant, la liste des variétés du programme DTMA présentées sur le site même du CIMMYT, (19) on s’aperçoit tout d’abord – une fois que les doublons ont été ôtés, à savoir les même variétés proposées dans plusieurs pays – que ce n’est pas 153 mais en fait seulement 128 “nouvelles variétés développées depuis 2006”, à savoir 48 variétés OP (en pollinisation ouverte) et 80 variétés hybrides F1.

Les “introductions” s’échelonnent de l’année 2007 à l’année 2013 et l’analyse de cette liste met également en valeur que les variétés OP ont été surtout proposées jusqu’en 2011 et qu’à partir de cette année-là, ce sont principalement des variétés de maïs hybrides F1 qui entrent en jeu suite, bien vraisemblablement, à un changement de stratégie privilégiant le marché captif pur et dur. En effet, en 2012, 29 nouvelles variétés sont proposées dont 7 OP et, en 2013, 27 nouvelles variétés sont proposées dont 1 seul OP. Nous avons donc, pour la période de 2007 à 2011, 45% de variétés hybrides F1 et, pour la période de 2012 à 2013, 86% de variétés hybrides F1. Et cette focalisation, à partir de 2012, sur les variétés hybrides F1 résistantes à la sécheresse est d’ailleurs annoncée par la Newsletter CIMMYT de septembre 2012 (37).

La poursuite de l’analyse de cette liste nous permet ensuite de dissiper un autre rideau de fumée: à savoir qu’un certain nombre de variétés soit-disant développées à partir de 2006 sont en fait des introductions bien antérieures. Manifestement le CIMMYT n’est pas à un mensonge près. Nous avons, par exemple, les variétés OP de la gamme Melkassa, développées au centre de Melkassa en Ethiopie, dont certaines l’ont été entre 1999 et 2005 (Melkassa-1 à Melkassa-8) (28). Qui plus est, certaines de ces variétés Melkassa-1 à Melkassa-8 ont été sélectionnées par les paysans eux-mêmes au moyen de ce que l’on appelle “la sélection participative”! Il en est de même pour la variété OP Gibe 2, qui existe, en fait, depuis 2001 en Ethiopie (20).

Qu’en est-il donc de la disponibilité de cette liste de 128 “nouvelles variétés développées depuis 2006” puisqu’en fait une liste n’est que cela. Le CIMMYT nous propose gracieusement une autre liste de variétés disponibles chez des semenciers (35). Mais là, nous avons une complexification stupéfiante de la situation qui laisserait à penser que nous avons affaire à deux organisations différentes. Prenons l’exemple du Nigeria qui est très caractéristique à cet égard. La liste officielle pour les variétés DTMA de ce pays décline 21 variétés de maïs hybrides ou OP mais qui sont toutes absentes de la liste de disponibilité. Cette dernière propose, quant à elle, 11 variétés OP distribuées par un groupement de 49 producteurs dans le nord-ouest du Nigeria et 8 variétés hybrides F1, distribuées par quatre compagnies semencières du Nigeria, dont on ne peut pas vérifier l’existence car ces compagnies n’ont pas de site internet. Il en est de même pour la Tanzanie dont la liste de variétés DTMA décline 14 variétés dont une seule est présentée sur la liste de disponibilités – liste qui en présente d’autres mais sans résistance à la sécheresse. Il en est de même pour l’Ouganda: sur les 9 variétés DTMA, une seule est disponible. Il en est de même pour la Zambie: sur les 18 variétés DTMA, cinq seulement sont disponibles. Il en est de même pour le Kenya: sur les deux variétés DTMA, aucune n’est disponible mais la liste de disponibilité présente 7 autres variétés non résistantes à la sécheresse. Le cas du Kenya est d’autant plus complexe que la liste 2012 de la Newsletter CIMMYT de septembre 2012 (37) mentionne l’existence de 8 variétés DTMA OP pour ce pays (en juillet 2012) mais elles ont disparu de la liste officielle à jour en septembre 2014. Tout cela fait un peu désordre de la part d’une organisation qui est financée à hauteur de dizaines de millions de dollars et plus.

Nous en déduisons qu’une grande partie de ces 128 “nouvelles variétés développées depuis 2006” ne sont pas disponibles, en 2014, sous forme de semences pour les paysans.  Et c’est d’ailleurs ce qui ressort de la lecture de la Newsletter CIMMYT de septembre 2012 (37) qui ne parle que de 17 variétés DTMA, seulement, en production semencière, depuis le lancement de l’opération en 2006. Nous sommes très loin des chiffres extravagants lancés dans la nature par la revue Nature. Et le CIMMYT de surenchérir en annonçant le développement d’autres variétés DTMA au nombre de 220 d’ici 2016!! (37). Le CIMMYT tente-t-il de générer de “l’hétérosis” par la pollinisation croisée de rideaux de fumée?

Et, au risque de jouer les empêcheurs d’enfumer en rond, pouvons-nous demander aux chargés de communication du CIMMYT où sont, d’ailleurs, produites les semences de ces 17 variétés DTMA? En effet, si l’on se réfère à la photo (prise fin juillet 2014) et à sa légende en première page de la dernière newsletter DTMA (47) du CIMMYT (septembre 2014), il apparait que l’opération de multiplication de semences de la variété TZH 536 est réalisée par Suba-Agro à Lyamungo, à 1200 mètres d’altitude sur les pentes du Kilimandjaro et ce, en pleine mousson!! Témoin l’herbe verte et drue croissant en bordure de champ! Lyamungo est connu pour son café Arabica et ses bananes et le climat y est encore plus humide que celui de Moshi, avec deux moussons par an. Est-il normal, sur le plan de la logique agronomique, qu’une variété CIMMYT de maïs F1 extrêmement résistante à la sécheresse soit multipliée pour la semence en pleine mousson sur les pentes du Kilimandjaro? Mais peut-être les agronomes du CIMMYT n’ont-ils jamais entendu parler d’épigénétique?

 

Les OPV du CIMMYT: des variétés en pollinisation ouverte ou en source close?

Et pour ne pas sortir de la rubrique rideaux de fumée et pollinisation croisée, nous allons aborder maintenant la problématique des OPV, à savoir des variétés à pollinisation ouverte proposées par le CIMMYT. Au début de cette investigation/ventilation, certains communiqués de cette organisation nous ont paru fort désobligeants sur le plan de ce que d’aucuns appellent “la souveraineté alimentaire”. En effet, pourquoi décourager les petits paysans à reproduire leurs “semences paysannes”, au fil de nombreuses années, à partir de variétés en pollinisation ouverte? Nous avons imputé cette indélicatesse à des accords stratégiques passés avec les semenciers privés ou à cette arrogance typique de nombreux agronomes qui semblent oublier que la quasi-majorité des 27 541 variétés de maïs, dans la banque de semences du CIMMYT, ne sont pas tombées du ciel et qu’elles sont, en effet, le fruit de milliers d’années de co-évolution entre l’humain paysan, le monde végétal et l’intégralité de la biosphère.

Mais il s’agit là, en fait, d’un autre gigantesque rideau de fumée. Le CIMMYT claironne dans tous ses communiqués que ses OP permettent aux paysans de gérer leur autonomie semencière tout en conseillant aux mêmes paysans de ne pas les reproduire trop longtemps? Pourquoi donc? Tout simplement parce que les variétés OP du CIMMYT ne sont que des faux-semblants. Ces variétés OP n’ont rien à voir – sur le plan de la diversité et de la résilience – avec d’authentiques variétés traditionnelles paysannes – en pollinisation ouverte – développées et sélectionnées au fil de centaines ou de milliers d’années. Les variétés OP du CIMMYT sont, en fait, confectionnées à partir de 2 ou 3 “lignées pures” (“inbred” en anglais), la même technique de base utilisée pour créer des hybrides F1. Rappelons que l’expression française “lignées pures” fait partie du glossaire agricole des mystifications sémantiques. Une lignée pure est tout simplement une “variété” (à savoir diversifiée) traditionnelle paysanne qui a été totalement détruite par 6/8 années d’auto-fécondation (d’où le terme anglais “inbred”) de sorte à ce que toutes les plantes d’une telle lignée pure ne soient que des clones homozygotes.

Les lignées pures fabriquées par le CIMMYT sont appelées CML (CIMMYT Maize Lines). Ainsi en septembre 2013, le CIMMYT annonce-t-il qu’il vient d’introduire 22 nouvelles lignées pures pour la confection de variétés OP et hybrides F1: (46) les lignées pures CML 540 à CML 561. Le CIMMYT, d’ailleurs, n’a pas peur de se couvrir de ridicule, à cette occasion, car, dans le même communiqué, il est précisé que les “nouvelles” lignées pures CML541 et CML542 (de 2013) ont permis de confectionner la, très médiatisée, variété OP ZM 309, résistante à la sécheresse, introduite chez les paysans en 2009 au Malawi et créée dès 2007!!

Les agronomes du CIMMYT peuvent-ils expliquer aux Béotiens que nous sommes en quoi réside la différence entre des variétés hybrides F1 et des variétés dites “OP” confectionnées à partir de mêmes lignées cloniques?

 

L’objectif réel du CIMMYT: du maïs à 100% hybride F1 sur toute l’Afrique

Le ton est donné dans la dernière newsletter du CIMMYT (septembre 2014) sur la Tanzanie (47), le second pays d’Afrique quant à la surface plantée en maïs: l’objectif du CIMMYT est de couvrir les terres de Tanzanie de maïs F1. Quels sont les principaux acteurs de l’enregistrement de variétés hybrides F1 de maïs depuis les années 60 en Tanzanie? Ce sont Pionner Hi-Bred, Monsanto, Pannar Seeds (Pionner Hi-Bred), Kenya Seed Company (en partenariat avec Syngenta), Seed Co (Limagrain/Monsanto), Cargill Zimbabwe (Monsanto) qui sont également les pourvoyeurs des semences F1 de maïs que la Tanzanie importe (à hauteur de 70%) Le reste est produit sur place par de très petites compagnies semencières: Meru (dont les maïs sont à 100% F1), Suba Agro (principalement des maïs F1), Tanseed International, etc, ainsi que la Western Seed Company du Kenya (dont les maïs sont à 100% F1). Selon Chacha Watanga, le directeur de Meru Agro, les variétés OP ne sont plus demandées que par quelques agences gouvernementales, des ONGs et quelques paysans (48). Début novembre 2014, Seed Co lance en Tanzanie une nouvelle unité de production de semences d’une valeur de 13 millions de dollars afin de produire 300 000 tonnes de semences de maïs hybrides F1. (122) La focalisation des compagnies semencières sur le tout hybride remonte à de très nombreuses années et elle est dans la logique du marché captif. En 1998, en Afrique Orientale et Méridionale (hors Afrique du Sud), le nombre de variétés de maïs disponibles chez les semenciers privés est de 69 dont, déjà, 66 variétés hybrides F1. 

L’abandon des faux OP, par le CIMMYT, pour un tout hybride F1 est clairement perceptible également dans son programme IMAS. En 2012, il met en place, dans 5 pays (Afrique du sud, Zambie, Zimbabwe, Ethiopie et Kenya) un vaste programme d’évaluation (33), portant sur 100 variétés de maïs hybrides F1, synthétiques et OP (provenant du CIMMYT ou de l’industrie semencière Africaine), afin de sélectionner les variétés les plus résistantes à la sécheresse et les plus adaptées à des sols dépourvus d’azote. Sur ces 100 variétés de maïs évaluées, seules 3 sont des OP.

En 2012, également, le CIMMYT publie une étude (40) portant sur ses variétés OP résistantes à la sécheresse ZM 309, ZM 521 et ZM 523 mises en parcelles d’expérimentations chez 97 paysans du Malawi. En mai 2012, le CIMMYT organise un grand tapage médiatique au Malawi (39) sur deux de ces variétés, ZM 309 et ZM 523 (sélectionnées en 2007 et introduites officiellement en 2009 par le président Dr. Bingu wa Mutharika) en insistant sur le fait que ce sont des OP et que les paysans peuvent les reproduire en champ jusqu’à 3 années de suite. Le CIMMYT déclare que la filiale Malawi de Seed Co va modifier sa stratégie commerciale – qui est avant tout focalisée sur les hybrides pour raison de marché captif – et produire des quantités adéquates de chaque variété afin d’honorer la demande croissante de la part des paysans. Dellings Phiri, le directeur de Seed Co Malawi  déclare: «Nous espérons que témoins des performances du ZM 309, les paysans seront encouragés à se mettre à acheter des semences certifiées afin d’accroître leur productivité». Aujourd’hui, en novembre 2014, qu’en est-il de cette promesse de production? Du vent.  Le catalogue de semences de maïs de Seed Co Malawi présente 11 variétés qui sont toutes des hybrides F1. (41)

La situation est identique en Ouganda. De 2007 à 2013, sur 7 variétés DTMA du CIMMYT introduites dans ce pays, 6 sont des hybrides F1. Comiquement, le CIMMYT catalogue comme anciennes variétés toutes variétés antérieures à 2007! Quels sont les principaux acteurs privés dans la semence de maïs en Ouganda? Pionner Hi-Bred, Monsanto, Pannar Seeds (Pionner Hi-Bred), Kenya Seed Company (en partenariat avec Syngenta), Seed Co (Limagrain/Monsanto), FICA, Naseco, Western Seeds.

Ne sommes-nous pas confrontés à l’ultime offensive des multinationales des nécro-technologies pour éradiquer ce qu’il reste de biodiversité traditionnelle Africaine? En effet, quelle est la conséquence de ces stratégies agressives de dissémination d’hybrides F1 sur le plan de la protection de la biodiversité alimentaire cultivée? Ce qui ressort de la situation en Tanzanie – et qui peut être extrapolée à de nombreux pays Africains – c’est que des millions de petits paysans, pratiquant une agriculture de subsistance (avec parfois aussi peu de terre qu’un dixième d’hectare) deviennent la cible privilégiée des voyous de l’industrie semencière (formés commercialement par le CIMMYT). Ils sont incités à abandonner leur variétés en pollinisation ouverte afin d’adopter des variétés soit disant adaptées à peu d’azote mais qui sont toutes des variétés hybrides F1. Tout cela semble clair si l’on se réfère aux déclarations non ambiguës de Watanga Chacha, le PDG de Meru Agro, quant à son recours à des programmes radios sensibles et ciblés “avec l’accent des terroirs”. Soulignons que le développement non organique et fulgurant de Meru Agro – à savoir un décuplement de ses activités en l’espace de quelques années – laisse fort à penser que ce petit semencier industriel, très amplement médiatisé (34), est un outil privilégié en Tanzanie (et donc libéralement soutenu par des donateurs “internationaux”) pour l’éradication totale et finale des variétés de maïs traditionnelles et paysannes authentiquement à pollinisation ouverte.

Aujourd’hui, en 2014, quel est encore le nombre de variétés paysannes de maïs en pollinisation ouverte, à savoir non hybrides F1, cultivées par des millions de petits paysans en Tanzanie? Nous ne sommes pas en mesure de découvrir une telle information mais l’analyse des ressources génétiques de la banque de semences du Kenya, pays limitrophe de la Tanzanie, nous donne un aperçu de la situation prévalant au début des années soixante, à savoir lorsque les premiers hybrides de maïs et de blés sont introduits sur le marché des pays de l’Afrique de l’est et du sud. Dans la période allant de 1964 à 1985, cette banque de semences possède 7840 variétés de blés (dont 840 “locales”), 5115 variétés de sorghos (dont 1015 “locales”), 3645 variétés d’orge (dont 45 “locales”), 3046 variétés de maïs (dont 350 “locales”). En bref, environ 90% des variétés de céréales proviennent alors déjà de l’extérieur. (10) Mais il existe quand même, à cette époque, environ 350 variétés “locales” de maïs.

 

Les variétés de maïs résistantes à la sécheresse du programme WEMA

En janvier 2014, les paysans récoltent pour la première fois la variété hybride WE1101 DroughtTEGO™. En février 2014, lors d’une cérémonie d’auto-congratulations, le directeur du programme WEMA, Dr Sylvester Oikeh, se félicite du fait que, pour la première fois dans l’histoire de l’Afrique, une entité, le WEMA, a introduit 15 variétés de maïs hybrides en une seule année. Ces variétés vont être commercialisés par des compagnies semencières du Kenya avec l’appellation “DroughtTEGO™”. Selon un communiqué, le programme est supposé introduire 25 variétés de maïs hybrides durant sa seconde phase, de 2013 à 2017. (43) Ce sont ainsi plus de 70 nouveaux hybrides de maïs qui sont en phase d’expérimentation avancée ou future. Selon un autre communiqué, ce sont en fait 84 nouveaux hybrides qui vont être introduits dans un proche futur. (59) L’un des responsables de la Fondation Bill Gates, Lawrence Kent, déclare: «Je suis enthousiasmé de voir ces produits introduits mais nous avons besoin d’inciter plus de paysans à les utiliser: de 7000 paysans, il nous faut passer à 700 000 paysans et ensuite à 7 millions de paysans. Il nous faut donc enrôler plus de compagnies semencières» (43).

Quant à l’AATF (African Agriculture Technology Foundation), le partenaire du CIMMYT dans le programme  WEMA, elle déclare, en mai 2014 (49) (50):

– que le maïs hybride WE1101 DroughtTEGO™ va être multiplié par 8 compagnies semencières du Kenya. (Entre septembre 2013 et janvier 2014, des 72 tonnes de semences déjà “distribuées” aux semenciers, 42.5 tonnes ont été achetées par des paysans).

– que pour l’instant 25 variétés hybrides DroughtTEGO™ ont été approuvées pour la commercialisation au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie.

– que le WEMA est en partenariat pour produire, avec des compagnies semencières, au moins 10 000 tonnes de semences, dans les quatre années à venir, pour 25 variétés hybrides “conventionnelles” résistantes à la sécheresse.

– que 30 nouvelles variétés hybrides sont dans la phase finale d’enregistrement dans les 5 pays couverts par le WEMA (Kenya, Ouganda, Tanzanie, Mozambique et Afrique du Sud).

La première vérification concernant la disponibilité de 21 variétés hybrides (51) du WEMA introduites au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie s’est avérée totalement infructueuse: aucune de ces variétés n’est commercialisée par un quelconque des semenciers les plus importants de ces trois pays. Du moins officiellement. Est-ce un rideau de fumée de plus ou, peut-être même, un rideau de fumée en cachant un autre? De plus, il faut souligner que c’est une valse de chiffres permanente et aléatoire qui varie selon les communiqués – selon qu’ils émanent du CIMMYT ou de l’AATF.

Ou selon qu’ils émanent d’ailleurs, témoin cet article dans la presse de l’Ouganda (73) qui annonce que les variétés du WEMA ne seront pas prêtes dans ce pays, en fait, avant 2015 et qui décline des variétés (UH5301, UH5354, UH5355, WE2114 and WE2115) dont trois ne font pas même partie de la liste des 21 évoquées ci-dessus. Un chaos médiatique total.

 

Le programme WEMA: un vecteur de dissémination des chimères génétiques en Afrique

Il est à noter, ensuite, que les divers communiqués du CIMMYT et de l’AATF mélangent allègrement les affirmations de “sélection conventionnelle” et d’apport des “biotechnologies”. Combien parmi ces 80 nouvelles variétés (dont pour l’instant une seule semble être mise en multiplication de semences) sont en fait des hybrides chimériques? Dans le communiqué d’auto-congratulations de février 2014, il est affirmé que, malheureusement, le programme WEMA ne peut pas réaliser librement ses essais variétaux, dans certains pays d’Afrique, en raison de leurs législations nationales en matière de “bio-sécurité”. (43) Lors de cette cérémonie officielle, John McMurdy, un conseiller international travaillant pour USAID, exhorte le programme  WEMA à intensifier ses efforts pour “améliorer” les législations “sur la bio-sécurité” dans tous les pays récalcitrants: «Pour autant qu’il existe plusieurs partenaires promouvant la cause du WEMA, il est essentiel de considérer la problématique de la volonté politique vers l’établissement d’un environnement de biosécurité dans les pays qui permettront l’évaluation et la commercialisation de produits biotechnologiques au service des paysans de l’Afrique Subsaharienne».

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Mark Edge, présenté comme un chercheur Monsanto/WEMA, montre un épi de maïs chimérique, résistant à la sécheresse,  croissant dans un champ « confiné » en Ouganda. Source AATF 2013.

C’est une traduction littérale et un cas avéré de double-langage s’inscrivant parfaitement dans le gigantesque méga-rideau de fumée que constitue le Protocole de Carthagène que nous avons renommé le “Protocole de Cartes à Gènes”: un immense jeu de poker génétique. Le pays gagnant est celui qui réussit à imposer le plus grand nombre de cultures transgéniques tout en prétendant faire le contraire grâce à la surveillance d’experts, de commissions de contrôle drastique et de législations ad hoc… Pour les plusieurs partenaires – incluant aussi Monsanto, la Fondation Bill Gates et la Fondation Rockefeller… – un “environnement de biosécurité” est, bien entendu, un environnement où toutes les évaluations et commercialisations de chimères génétiques sont autorisées.

Comme l’exprime clairement Monsanto: «les cinq pays qui se sont engagés à participer au programme WEMA ont accepté de faciliter les processus de développement de systèmes régulateurs, fondés sur la science, dans leurs pays respectifs» (54). En langage de Monsanto cela veut dire un “environnement de biosécurité” considérant que les variétés chimériques sont “équivalentes en substance” aux autres variétés agricoles. Un “environnement de biosécurité” qui est mis en place en Afrique au travers des magouilles de l’USAID, le fer de lance de l’Empire dans tous les pays pauvres de la planète. (57)

Que sont originellement les variétés du CIMMYT et de l’African Agriculture Technology Foundation dénommées WEMA? Ce sont en fait des variétés prétendument résistantes à la sécheresse et, de préférence ultime et finale, de par l’insertion de traits génétiques de tolérance à la sécheresse découverts par Monsanto et BASF.  «Cette tolérance a été obtenue en transformant la variété de maïs conventionnelle LH59 à l’aide d’une cassette d’expression transgénique contenant les gènes nouveaux cspb (protéine de choc thermique froid B) et nptII (néomycine phosphotransférase II) et leurs éléments réglementaires associés. … Monsanto a mis au point la lignée de maïs tolérant la sécheresse MON 87460 au moyen de techniques de l’ADN recombinant pour introduire la séquence codante de la protéine de choc thermique froid B (cspB) dérivée d’une bactérie commune du sol, Bacillus subtilis. Cette séquence code pour CSPB, une protéine qui se lie à une vaste gamme d’ARN, qui permet à ceux-ci d’adopter la bonne conformation dans des conditions de stress et d’améliorer les fonctions cellulaires de la plante. En outre, la lignée de maïs tolérant la sécheresse MON 87460 a également été modifiée génétiquement pour introduire la séquence codante de l’enzyme néomycine phosphotransférase II (nptII) dérivée d’une souche non virulente d’Escherichia coli. L’enzyme NPTII confère la résistance à l’antibiotique kanamycine, et a été utilisé à titre d’agent de sélection spécifique.» (53)

Le maïs chimérique de Monsanto 87460, doté d’une nouvelle  “cassette d’expression transgénique”, est ainsi semé dès 2003 aux USA et dès 2007 en Afrique du sud (52).

Les variétés transgéniques de maïs WEMA sont également autorisée dès juillet 2010 en Ouganda, à Mobuku, pour des “essais confinés” (55). Selon un communiqué émanant de l’AATF même (56), et d’autres articles de presse (58), ces variétés transgéniques sont testées dès 2010, en fait, en “essais confinés” au Kenya, en Ouganda, en Mozambique, en Tanzanie et en Afrique du sud.

Qui plus est, un autre communiqué du WEMA datant de 2013 nous apprend qu’à la suite de la décision prise par le CIMMYT, en 2011, d’inclure des transgènes dans les variétés WEMA de maïs résistantes à la sécheresse, les premières récoltes de maïs BT sont réalisées en mai 2013 au Kenya alors que, le même mois, ces mêmes variétés de maïs BT sont semées dans un second pays, l’Ouganda. (42).

En Ouganda, de nouveau, Geoffrey Asea, le coordinateur du programme WEMA pour ce pays, déclare en mars 2014 (68) qu’ils attendent que le Parlement mette en place le cadre de “biosécurité” afin d’introduire officiellement les variétés transgéniques de maïs du WEMA dans tout le pays – vers 2017.

Selon un communiqué du CIMMYT, en date de juin 2013, le maïs MON 810 de Monsanto est en “essais confinés” au Kenya ainsi que le maïs MON 87460 de Monsanto – qui en est à sa quatrième saison de culture. (60). Selon un autre communiqué du CIMMYT, en date de mars 2014, le maïs MON 810 de Monsanto est en  “essais confinés” (59) au centre de recherches de Namulonge en Ouganda. Et voilà ce que déclare l’un des responsables de la Fondation Bill Gates, Lawrence Kent: «Nous devons proposer ces produits à plus de paysans. Je suis enthousiasmé par les résultats prometteurs du MON 810 à ce jour et je vous presse à saisir cette opportunité et à prendre de l’avance dans sa commercialisation afin de le rendre accessible aux paysans nécessiteux».

En mars 2014, le responsable de la Fondation Bill Gates parle des résultats prometteurs du MON 810!! Ce même MON 810 qui a failli misérablement pendant 15 années en Afrique du sud est maintenant offert gracieusement au CIMMYT – par la Fondation Bill Gates et Monsanto – pour y être introduit dans cinq autres pays d’Afrique. Le Mozambique est en train de modifier sa législation de “biosécurité” afin de permettre sa culture et le CIMMYT est en train de faire pression sur le gouvernement de Tanzanie pour qu’il en fasse de même.(69) Pour mémoire, l’échec du MON 810 en Afrique du sud est dû à une résistance croissante de la pyrale (Ostrinia nubilalis) au Bt (Bacillus thuringiensis) et Monsanto a du compenser financièrement de très nombreux paysans. (71) Sa culture a été abandonnée en Afrique du sud et il y est remplacé par le MON 8903 – qui exprime deux protéines différentes, Cry1A.105 et Cry2Ab – pour tenter de gagner la guerre contre les insectes, une guerre perdue d’avance.

En Egypte, le MON 810 vient d’être incorporé à une variété locale nommée Ajeeb. “Ajeeb Yieldgard” est maintenant patenté par Monsanto et cultivé commercialement dans le pays (en contournant le cadre de “biosécurité”) alors que les études publiées par les chercheurs Egyptiens du gouvernement ont mis en valeur les dangers avérés de ce maïs transgénique pour la santé humaine et animale. (70)

L’abandon du MON 810 en Afrique du sud n’est pas le seul cas d’échec fracassant des biotechnologies. Le programme IRMA (Insect Resistant Maize for Africa) lancé au Kenya en 1999 par le CIMMYT, Novartis (ensuite Syngenta), Monsanto et le CIRAD français – afin de créer des variétés chimériques de maïs Bt – s’est soldé par une faillite totale. Officiellement du moins, car ce n’est peut-être qu’un autre rideau de fumée. (72)

 

AGRA, CIMMYT, AATF: un gang d’organisations criminelles humaniterroristes

En Afrique, le CIMMYT compte parmi ses partenaires, les plus notoires, l’AATF et l’AGRA. Ces trois organisation sont expertes dans le maniement de méga-rideaux de fumée à l’échelle continentale.

CIMMYT. Le CIMMYT est fondé officiellement en 1966 suite à un accord entre le Ministère de l’Agriculture du Mexique et la Fondation Rockefeller – qui travaillent ensemble depuis la fin des années 40. La banque de semences du CIMMYT contient 27 451 variétés de maïs dont 89% sont des variétés traditionnelles paysannes et dont une grande partie sont intrinsèquement résistantes à la sécheresse. Il est présent en Afrique depuis l’année de sa création.

Le CIMMYT est clairement une officine de l’USAID, des fondations eugénistes – la Fondation Rockefeller, la Fondation Bill Gates (actionnaire de Monsanto à hauteur de 26 millions de dollars depuis 2010), la Fondation Howard G. Buffett (qui en 2013 a offert 2 milliards de dollars à la Fondation Bill Gates) – des multinationales des nécro-technologies (Monsanto, DuPont…) et autres compagnies semencières. Il n’est que d’analyser ses financements, ses programmes et la composition de ses divers conseils consultatifs. Et pour mémoire, la Fondation Bill Gates a distribué, depuis sa création, plus de 3 milliards de dollars pour des programmes liés à l’agriculture – toxique et chimérique – et qui sont, selon l’étude de GRAIN (publiée début novembre 2014),  principalement distribués en Amérique du nord et en Europe au prétexte du développement agricole en Afrique. (121)

Le programme IMAS. Il est financé par la Fondation Bill Gates ($17.3 million), la multinationale Pioneer Hi-Bred (DuPont) et USAID ($2.2 million). Il est mis en œuvre en partenariat avec le Kenya Agricultural Research Institute (KARI) et le South African Agricultural Research Council (ARC). Les membres de son conseil consultatif comptent parmi eux (29):Dr. Marc Albertsen (Pioneer Hi-Bred); Dr. Brian Love (Fondation Bill Gates); Dr. John McMurdy (USAID); Dr. Idah Sithole-Niang (impliquée dans les  OGMs de Niébé); Dr. Greg Edmeades (expert indépendant dans le domaine des maïs transgéniques).

Le programme WEMA. Il a comme partenaires: Monsanto, la Fondation Bill Gates, la Fondation Howard G. Buffett, l’African Agricultural Technology Foundation, le KARI, etc. Le programme est financé à hauteur de 47 millions de dollars par les Fondation Bill Gates et Fondation Howard G. Buffett.

Le programme DTMA. En partenariat avec l’IITA (International Institute for Tropical Agriculture). Les membres de son conseil consultatif sont (25): Joseph DeVries (AGRA / Alliance for a Green Revolution in Africa, Fondation Rockefeller et Fondation Bill Gates); Peter Freymark (DuPont / Pioneer Hi-Bred International); Augustine Langyintuo (Banque Mondiale et AGRA / Alliance for a Green Revolution in Africa); Edgar Rupende (Directeur de la compagnie semencière SeedCo en partie rachetée par Limagrain et Mahyco/Monsanto); Alfred Busolo Tabu (Directeur de la compagnie semencière Kenya Seed Co); Dave Westphal (Cargill, Monsanto et D3 Consulting). La première phase du DTMA (2007 à 2012) est financée par USAID, la Fondation Bill Gates, la Fondation Howard G. Buffett et le UK Department for International Development. La seconde phase du DTMA (2007 à 2012) est financée par la Fondation Bill Gates.

 

AATF.  L’AATF, l’African Agriculture Technology Foundation, est une organisation totalement inféodée à la Fondation Bill Gates, à la Fondation Rockefeller, à Monsanto et autres multinationales des nécro-technologies. Elle est également financée par la Fondation Syngenta, la Fondation Howard Buffett et la Fondation Pepsi (118)Son objectif est clairement de couvrir le continent Africain avec des chimères génétiques. En sus du maïs chimérique, elle est très activement impliquée dans la dissémination de variétés de riz chimériques en Afrique. (113) Jennifer Ann Thomson, la présidente de l’AATF, (114) est également la vice-présidente de l’ISAAA (115) (International Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications) et, il y a peu, elle faisait officiellement partie d’AfricaBio (116)  et du Council for Biotechnology Information, une coalition regroupant Dow, Syngenta, Monsanto, Bayer, BASF, etc. (117)

En mai 2012, l’AATF contracte un partenariat (61) avec Japan Tobacco afin d’utiliser sa technologie transgénique PureIntro®. L’un des directeurs de cette société, Masamichi Terabatake, déclare: « Cette licence va permettre au projet d’utiliser notre événement de transformation PureIntro®, concernant les espèces de monocotylédones, afin de développer des variétés de riz tolérantes aux sols salins, résistantes à la sécheresse et utilisant optimalement l’azote – sans versement de royalties». Japan Tobacco et Syngenta ont travaillé ensemble de 1999 à 2010 sur le développement de riz transgéniques. Japan Tobacco et Cellectis Plant Sciences (une filiale US de la société française Cellectis) ont signé un accord de licence en 2010 pour cette même technologie PureIntro®. Cellectis et Limagrain sont également en partenariat depuis 2009 pour le développement de biotechnologies végétales. (62) BASF, Bayer CropScience, Pioneer Hi-Bred et Monsanto sont également des partenaires de Cellectis (63). La technologie transgénique PureIntro® peut être tout autant utilisée avec le riz qu’avec le maïs ou le millet ou encore le blé. 

En avril 2013, l’AATF sème des riz transgéniques en Ouganda et au Ghana (65). C’est une société de Californie, Arcadia Biosciences, qui offre gracieusement les technologies chimériques (82), qui produit les plantes transgéniques et qui amène un soutien technique. C’est en effet, dès 2008, que le projet NEWEST est lancé intégrant dans les variétés de riz NERICA les traits chimériques NUE (gestion de l’azote), WUE (résistance à la sécheresse) et ST (tolérance au sel) d’Arcadia Biosciences. En 2013, ce sont ainsi 12 lignées WUE de riz NERICA qui sont mises en cultures dans les pays “partenaires”. Le PDG d’Arcadia Biosciences, Eric Rey, déclare à cette occasion: «Ces premiers essais de culture en Ouganda et au Ghana sont des étapes importantes dans nos efforts visant à alléger les défis de nourrir une population croissante avec des technologies qui sont à la fois économiquement durables et environnementalement responsables».

Une déclaration très émouvante de la part d’Arcadia Biosciences dont Limagrain est actionnaire. Rappelons que Arcadia Biosciences (64) vient de signer, en janvier 2014, un accord de partenariat avec Genective S.A (une joint-venture créée en 2013 par Limagrain et KWS, le cinquième semencier mondial) afin de développer de nouveaux hybrides F1 chimériques de maïs en y incorporant sa technologie WUE (Water Use Efficiency). Limagrain a, de plus, signé un accord de partenariat avec Arcadia Biosciences, en 2011, pour développer de nouvelles variétés chimériques de blés résistantes à la sécheresse et gérant mieux l’azote. Un partenariat a été signé récemment, en novembre 2012, entre Krishidhan Seeds en Inde, Arcadia Biosciences, ICRISAT en Inde et USAID afin de développer de nouvelles variétés chimériques de millet pour l’Afrique (66). En Inde, Mahyco (présent en Afrique au travers du rachat du semencier Quton) vient de mettre en place, très récemment, un nouveau partenariat avec Arcadia Biosciences (67) pour développer de nouvelles variétés chimériques de riz résistantes à la sécheresse.

 

AGRA.  L’AGRA (Alliance pour une Révolution Verte en Afrique) est créée par la Fondation Rockefeller et la Fondation Bill Gates en 2006. L’un de ses partenaires institutionnels les plus importants est le CGIAR (Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale) qui a été fondé en 1971 par la Fondation Rockefeller. En 2009, le conseil d’administration d’AGRA compte parmi ses membres: Judith Rodin (Fondation Rockefeller), Strive Masiyiwa (Fondation Rockefeller), Sylvia M Mathews (Fondation Bill Gates), Rudy Rabbinge (directeur du CGIAR Science Council), Mamphela Ramphele (ancienne directrice de la Banque Mondiale), Roy Steiner (Fondation Bill Gates), Dr Akinwumi Adesina (Fondation Rockefeller), Dr Tesfai Tecle (anciennement Banque Mondiale et FAO), Dr Joseph DeVries (Fondation Rockefeller), Dr Bashir Jama (anciennement Programme des Nations unies pour l’environnement), Mr Kwame Akuffo-Akoto (CGIAR et IRRI). En 2014, le conseil d’administration d’AGRA compte parmi ses nouveaux membres: Usha Barwale Zehr ( Directrice de Mahyco/Monsanto en Inde), Jeff Raikes (Fondation Bill Gates et Microsoft), Pamela K. Anderson (Fondation Bill Gates), L. K. Mohohlo (FMI et Directrice de la Banque de Botswana). Son président d’honneur est Kofi A. Annan, l’ancien secrétaire de l’ONU (Organisation des Nations Désunies), une institution internationale à la botte de tous les Impérialismes et qui veille à ce que tous les pays non alignés soient périodiquement, ou définitivement, “libérés” par l’Alliance Occidentale. (110)

Les objectifs de l’AGRA sont clairement définis: destruction des agricultures traditionnelles en Afrique et promotion de toute l’artillerie lourde de l’agriculture de guerre moderne: biocides, fertilisants de synthèse, variétés hybrides F1 et variétés chimériques. Pour ce faire, l’AGRA a mis en place un immense réseau de partenaires, de campagnes et de programmes.

Agro-Dealer Development Programme. Ce programme fournit les formations, les capitaux et les crédits pour établir un réseau de petits agro-distributeurs qui vont constituer le vecteur principal pour l’acheminement des semences, des fertilisants de synthèse, des pesticides et du suivi technique des petits paysans pauvres. Dès 2008, AGRA accorde à cet effet plus de 15 millions de dollars à l’ONG US, CNFA dirigée par John Costello. En octobre 2008, le CNFA de Costello établit un partenariat avec la Fondation CropLife et annonce qu’ils vont utiliser le réseau de petits distributeurs subventionnés par AGRA (au nombre de 1500 au Kenya et au Malawi) pour démontrer le potentiel de l’agrochimie. Le CNFA a obtenu un soutien technique et financier de Syngenta, Dow AgroSciences, Bayer CropScience, DuPont et Monsanto.

Earth Institute de Columbia University. Le 16 Janvier 2009, AGRA a signé un partenariat de 5 années avec cet institut, pour promouvoir des technologies agricoles au bénéfice des petits paysans. Par qui est dirigé cet institut? Par Jeffrey Sachs, (74) le promoteur inconditionnel des chimères génétiques de Monsanto.

Millenium Promise. Le Millenium Promise est créé par le même Jeffrey Sachs, l’ancien conseiller spécial de Kofi Annan et l’ancien directeur du Millenium Development Goals de l’ONU. “Millenium Promise” est une ONG dédiée au lancement de la Révolution Verte Africaine, en collaboration avec Ban Ki-moon, le présent secrétaire de l’ONU dont Jeffrey Sachs est le présent conseiller spécial. Histoire de brouiller les cartes un peu plus, le nom l’organisation de Jeffrey Sachs est très proche de celui du programme de l’ONU “Millenium Development Goals”. Millenium Promise est soutenu par une kyrielle de fondations dont la Fondation Rockefeller, la Fondation Bill Gates, la Fondation Syngenta, la Fondation Merck, etc, et même Lehman Brothers, la plus grande faillite bancaire US de l’automne 2008. Parmi les membres fondateurs de cette ONG humanitaire se trouvent: Monsanto, Novartis/Syngenta, Sanofi-Aventis, GlaxoSmithKline, Procter et Gamble, Merck, Mosaic, Pfizer, Sumitomo Chemical, Yara, toutes multinationales spécialisées dans les semences hybrides et génétiquement modifiées, dans les produits pharmaceutiques et dans les fertilisants de synthèse. Sanofi-Aventis, Novartis, Merck et GlaxoSmithKline sont, de plus, les fabricants ou distributeurs de vaccins!

Millenium Challenge Corporation. En juin 2008, la Fondation Rockefeller publie un communiqué de presse, vantant la “collaboration historique” entre le Millenium Challenge Corporation et AGRA. Le Millenium Challenge Corporation est une agence du gouvernement US (créée par Bush en 2004) chargée de l’aide internationale (dont la moitié des fonds sont dirigés vers l’Afrique). Avant son rappel par le président Obama, Michael Taylor (l’un des piliers de Monsanto) avait décidé d’élargir le champ d’intervention du Millenium Challenge Corporation. Michael Taylor fut un membre éminent du think tank “Resources for the Future”: il y publia deux études sur l’assistance US à l’agriculture Africaine, les deux études étant financées par la Fondation Rockefeller. Son étude de 2002 fut révisée par Robert Horsch, directeur chez Monsanto pendant 25 ans (qui faisait partie de l’équipe scientifique qui a développé les techniques chimériques YieldGard, BollGard et RoundUp Ready) «L’objectif ultime de ce rapport est de mettre en valeur comment une technologie de semences innovatrices, dérivée d’outils brevetés de biotechnologie, peut être développée et disséminée au bénéfice des petits paysans et de l’agriculture de subsistance». En 2005, Michael Taylor publie une étude intitulée “Investing in Africa’s Future: U.S. Agricultural Development Assistance for Sub-Saharan Africa,” avec pour co-auteur le directeur de “Partnership to Cut Hunger and Poverty in Africa” (PCHPA), un consortium d’intérêts privés/publics (dont l’un des financeurs principaux est Bill Gates) qui inclut Halliburton (la société de Dick Cheney, vice-président de Bush), Monsanto, USAID, divers chefs d’état Africains… De plus, une étude de Michael Taylor intitulée “Beating Africa’s Poverty by Investing in Africa’s Infrastructure”, fait partie intégrante du “Renewing American Leadership in the Fight Against Hunger and Poverty: The Chicago Initiative on Global Agricultural Development.” Ce rapport fut remis à l’administration Obama dès qu’elle prit ses fonctions et il a été financé par la Fondation Bill Gates et co-écrit par Catherine Bertini (de la Fondation Gates et au Conseil d’administration de l’ONG de Kofi Annan “Global Humanitarian Forum”). Il déclare très précisément que : «Les USA devraient continuer de soutenir les recherches sur toutes les formes de biotechnologies modernes pour l’agriculture, par les scientifiques de l’Afrique subsaharienne».

Et le maillage AGRA de partenaires, de campagnes et de programmes concernant strictement le secteur des semences, améliorées de haute productivité, inclue:

Program for Africa’s Seed Systems. Le but de ce programme est de disséminer sur toute l’Afrique des “semences améliorées de haute-productivité” (75) en soutenant de petites compagnies semencières qui selon le site web de l’AGRA sont au nombre de 80 et dont la production de semences certifiées est passée de 2 346 tonnes, en 2007, à 80 606 tonnes, en 2014. Ce programme PASS a formé 15 000 agro-dealers dans 16 pays d’Afrique afin de distribuer 400 000 tonnes de semences et 1 million de tonnes de fertilisants de synthèse. Ce programme aurait également soutenu les centres de recherche nationaux dans la création de 464 nouvelles variétés dans 15 espèces alimentaires majeures.

African Seed Investment Fund. Un fond géré par Pearl Capital Partners (au travers du fond African Agricultural Capital) dont les investisseurs sont AGRA, la Fondation Bill Gates, la Fondation Rockefeller, USAID… et la Banque J. P. Morgan. Selon AGRA, ce Fond a investi 8 millions de dollars, depuis sa création en 2009, dans 11 compagnies semencières. En novembre 2012, Pearl Capital Partners rachète 45% du semencier Alemayehu Makonnen Farm en Ethiopie et quasiment 50% du semencier Dengo Commercial Limitada en Mozambique (38). Pearl Capital Partners a également investi dans les compagnies semencières suivantes:  Western Seed au Kenya (1 million de dollars), Farm Inputs Care Centre Ouganda (FICA) en Ouganda, Naseco Seeds en Ouganda, Dry Land Seed Limited au Kenya, Freshco au Kenya (0,6 million de dollars), Funwe Farm Limited au Malawi, Highland Seed Growers en Tanzanie, Seed Tech au Malawi et NUAC en Ouganda (1,2 million de dollars pour cette exploitation de semences/grains de 250 hectares, détenue par des Danois, afin de l’agrandir à 1000 hectares). Ce qui caractérise tous ces semenciers, c’est qu’ils sont avant tout impliqués dans la distribution de semences de maïs hybrides F1. De plus, en Ethiopie, le semencier Alemayehu Makonnen Farm, en 2011, a reçu une aide financière de 200 000 dollars de la part d’AGRA pour augmenter sa production de semences hybrides F1 à partir de variétés sélectionnées par Seed Co (en particulier la variété SC 627 nommée Aberaya.) (44). Selon AGRA, en effet, seuls 10% des paysans en Ethiopie ont accès à des semences de maïs F1 qui sont distribuées par Pioneer Hi-Bred (présent dans le pays depuis 1990) et Alemayehu Makonnen Farm. Dans le cadre de l’Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires (IFPRI), une étude vient juste d’être publiée, en 2014, par le REAP en Ethiopie (Ethiopia’s Agriculture Policy) sur la situation des semences hybrides F1 de maïs dans ce pays. L’étude est financée par la Fondation Bill Gates (78). Sur un tout autre registre, mais proche des semences, Pear Capital Partners a également investi dans une société du Rwanda, FAIM Africa, spécialisée dans les cultures in vitro d’espèces alimentaires majeures.

Injaro. Injaro Agricultural Capital Holdings Limited. Ce fond nouvellement créé (en août 2014) en Afrique de l’ouest (76) comprend dans ses investisseurs: AGRA, le milliardaire Soros et la Lundin Foundation. Il va investir plus de 9 millions de dollars dans sept compagnies Africaines dont quatre compagnies semencières: ES Alheri, Faso Kaba, Nafaso SA et M&B Seeds situées respectivement au Niger, au Mali, au Burkina Faso et au Ghana. La Lundi Foundation est également un investisseur de l’Acumen Fund, l’un des partenaires financiers de la Western Seed Company au Kenya qui est spécialisée dans les maïs hybrides F1. Le vecteur de ces investissements financiers pour Injaro est le West Africa Agricultural Investment Fund dont l’objectif est strictement d’aider au développement de petites compagnies semencières, capables de produire des semences améliorées de haute productivité, dans cinq pays (Burkina Faso, Ghana, Mali, Niger, et Nigeria) (77).

Scaling Seeds and Technologies Partnership. C’est un partenariat entre USAID et AGRA. Le programme, financé à hauteur de 47 millions de dollars, est destiné à faciliter l’accès par les petits paysans à des “technologies agricoles transformatrices” dans quatre pays Africains (Ethiopie, Ghana, Mozambique et Tanzanie). Selon l’administrateur d’USAID, Rajiv Shah: «Le Scaling Seeds and Technologies Partnership va permettre de fortifier le secteur semencier – incluant les systèmes de régulation – afin de garantir que des technologies, qui vont transformer le jeu, puisse atteindre et améliorer la vie de millions de petits paysans. Les USA vont continuer à soutenir ce programme et d’autres efforts de la Nouvelle Alliance au travers de Feed the Future, l’initiative du Président Obama en ce qui concerne la faim dans le monde et la sécurité alimentaire». (79) A noter l’insertion «incluant les systèmes de régulation». Ainsi que nous l’avons déjà mentionné, c’est l’USAID qui magouille dans toute l’Afrique pour faire tomber tous les cadres législatifs qui seraient un frein à la dissémination des chimères génétiques de Monsanto et autres humaniterroristes. D’ailleurs, en mai 2013, USAID signe un protocole d’accord (95) avec la multinationale Syngenta, dans le cadre de cette Nouvelle Alliance, afin d’améliorer la sécurité alimentaire globale. Il faut également noter que l’administrateur d’USAID, Rajiv Shah, était auparavant directeur des programmes agricoles à la Fondation Bill Gates. (111)

AgDevCo. AGRA est également impliqué dans ce fond financier, créé en 2009, aux côtés de la Fondation Rockefeller, USAID, la Fondation Hewlett, etc. AdDevCo s’est investi financièrement en Mozambique dans le Phoenix Seed Project (pour le développement de la production de semences améliorées, en partenariat avec Progene Seeds), dans Empresa de Comercialização Agrícola Ltd (semences et fertilisants), dans Panda Farm (semences de tournesol et de sésame) et dans Montesco (semences de pommes de terre).

 

Intensification de la présence des multinationales de l’agro-chimie en Afrique

Les variétés modernes – hybrides F1 et chimériques – sont des variétés handicapées qui ne peuvent pas fonctionner sans l’apport de l’artillerie lourde des fertilisants de synthèse et des fongicides, herbicides, insecticides, nématocides… Et il faut signaler que l’Afrique est très en retard (92) sur le plan de l’utilisation des fertilisants de synthèse par rapport aux autres continents en voie de développement, à savoir en voie d’Occidentalisation. En effet, alors que l’Amérique Latine et l’Asie du sud-est utilisent respectivement 73 kgs et 300 kgs de fertilisants de synthèse par année et par hectare, l’Afrique n’en utilise que 9 kgs. Il n’est pas étonnant que les yeux des actionnaires des multinationales de la mort voient des dollars pétro-chimiques brassés par centaines de millions dans les coulisses Africaines de la seconde révolution verte.

De par la promotion agressive des semences de ces variétés modernes, depuis quelques années, la présence des multinationales de l’agrochimie ne peut que s’intensifier en Afrique… et c’est ce que tous les ténors de l’agriculture biocidaire et mortifère annoncent, depuis 2012:

Ainsi, Dow AgroSciences (Dow Chemical, le n°2 de la chimie au monde) vient d’annoncer fin septembre 2014 (83) que la société va accroître considérablement sa présence sur le continent Africain qui constitue un vaste marché, non exploité, pour sa vente de fongicides, d’herbicides, d’insecticides et autres biocides en tous genres.  Jean François Rolland, le directeur Afrique de cette multinationale, a déclaré que Dow AgroSciences est en train d’investir de manière conséquente dans les pays suivants: Ghana, Cote d’Ivoire, Ethiopie, Egypte, Maroc, Tunisie, Kenya et Tanzanie.

En novembre 2013, Bayer CropScience (filiale de Bayer AG: chimie, pharmacie, biocides, semences…) déclare son intention d’intensifier sa présence en Afrique afin d’aider à accroître la productivité agricole sur le continent. (85) En janvier 2014, Marc Reichardt, l’un des directeurs de Bayer CropSciences déclare que 20% de leurs ventes en Afrique sont constituées de nouveaux produits (biocides) lancés en 2013 et qu’ils veulent atteindre 90% d’ici 2020. (86) Bayer CropSciences est déjà présent dans 8 pays Africains et sera présent d’ici 2015 dans 4 autres pays: Côte d’Ivoire, Nigeria, Ethiopie et Zambie. En octobre 2014, le français Eric Bureau, directeur de Bayer CropScience Africa, déclare que Bayer CropScience souhaite y accroître également sa présence dans le secteur semences. Bayer CropScience a commercialisé, en 2013, son premier coton chimérique en Afrique du sud et travaille actuellement en partenariat avec le gouvernement du Cameroun pour y disséminer rapidement ses semences chimériques de coton (87).  Bayer CropScience est également un leader dans la production de variétés hybrides de riz et vient d’ailleurs de signer un partenariat avec l’Israélien, Kaiima Bio-Agritech Ltd, afin de développer de nouveaux hybrides F1 de riz en mettant à profit la technologie de Kaiima “Enhanced Ploidy” (EP™), une technologie génétique “non chimérique” (on se demande franchement, d’ailleurs, à partir de quel seuil de manipulation génétique une variété peut être qualifiée de chimérique).  De plus, la compagnie espère accroître considérablement son marché de biocides avec des millions des petits paysans Africains en adoptant une stratégie de petits conditionnements. Et pour ce faire, elle participe, également, à la promotion de programmes de micro-financements: une forme moderne de micro-conditionnements à la servitude!!  Bayer est en seconde place mondiale, après Syngenta,  pour les biocides agricoles dont il contrôle 20% des ventes.

En mai 2012, Syngenta annonce (84) qu’il va accroître sa présence en Afrique afin de contribuer à la transformation de son agriculture en y créant un marché d’1 milliard de dollars d’ici 2022. Syngenta est le troisième semencier mondial mais il est aussi le leader mondial pour les biocides agricoles dont il contrôle 24% des ventes. Il est le leader mondial de la vente de Paraquat – un herbicide extrêmement dangereux –  interdit depuis longtemps en Europe. En juin 2012, Syngenta annonce qu’il va investir 500 millions de dollars et créer 700 postes dans les pays suivants: Ghana, Ethiopie, Tanzanie, Mozambique, Côte d’Ivoire, Nigeria et Kenya (90). En mai 2014, Syngenta ouvre un centre de recherche semences en Afrique du sud à Britts.

En mai 2012, Ellen Kullman, la directrice de DuPont (un des leaders mondiaux de la chimie et le propriétaire de Pioneer Hi-Bred) annonce (89) que la multinationale va accroître sa présence en Afrique (elle y est déjà présente dans 35 pays) afin d’y atteindre un chiffre d’1 milliard de revenus d’ici 2022, dans le but de soulager le problème de la faim dans le monde. Kullman mentionne que DuPont va accentuer, en particulier, ses efforts agricoles en Ethiopie en partenariat avec USAID et l’ONG du grand promoteur chimérique, Jeffrey Sachs (Earth Institute de Columbia University). Pour mémoire, les ventes mondiales de DuPont agriculture sont constituées à 48% de semences de maïs chimérique, à 14% de semences de soja chimérique et à 30% de biocides (insecticides, fongicides, herbicides) (91).

En mai 2012, Monsanto annonce qu’il va donner 50 millions de dollars (96) dans le cadre de la Nouvelle Alliance pour la sécurité alimentaire en Afrique, en particulier en Tanzanie. Ce sont des cacahuètes mais qui mettent bien en exergue que Monsanto, bien présent déjà en Afrique depuis 1968, s’infiltre subrepticement dans tous les pays de ce continent par une myriade d’ONGs. L’un de ses tout derniers rideaux de fumée est le GAP Report 2013 du Global Harvest Initiative (97) dont le conseil d’administration comprend un directeur de chez Monsanto et un directeur de chez Pioneer DuPont.

En décembre 2011, BASF (l’un des leaders de la chimie mondiale) annonce son intention d’accroître sa présence en Afrique (93). D’autant plus qu’il vient d’annoncer, en juin 2014, l’introduction de son nouveau système de riz tolérant à son herbicide Provisia (94).

 

Conclusions

Le partenariat établi entre AGRA (et son maillage considérable d’ONGs satellites), l’AATF et le CIMMYT afin de mettre en place divers programmes de création de variétés de maïs résistantes à la sécheresse – et principalement financés par la Fondation Bill Gates, la Fondation Rockefeller, la Fondation Howard G. Buffett, USAID, Pioneer/DuPont et Monsanto – n’est qu’un vaste rideau de fumée. Les variétés OP (en pollinisation ouverte) sont de faux OP élaborés à partir de lignées de clones homozygotes et, de toutes manières, le CIMMYT s’est complètement désintéressé de ces OP depuis 2012. Des quelque 255 variétés de maïs – présentes ou bientôt présentes ou bientôt annoncées – des trois programmes du CIMMYT (DTMA, IMAS et WEMA), seule une vingtaine est actuellement en production de semences.

On peut également se poser de très sérieuses questions sur la nature réelle de ces variétés du CIMMYT “très résistantes à la sécheresse” lorsque l’on voit que la multiplication de semences peut être réalisée en pleine mousson, à 1200 mètres d’altitude, sur les pentes du Kilimandjaro, dans une région réputée pour son café et ses bananes! Est-ce pour préparer “épigénétiquement” ces variétés de maïs “très résistantes à la sécheresse” à un prochain “changement climatique humide”?? Et pour ne pas évoquer cet autre méga-rideau de fumée que constitue le changement climatique (110) (une tautologie, d’ailleurs), parce que ce n’est pas le sujet de cette présente ventilation, signalons cependant l’étude très intéressante réalisée, en 2013, sur les cycles naturels de sécheresse en Afrique de l’est. (98) Se rappelle-t-on même qu’un jour – pas si lointain, eu égard à l’antiquité de la création de l’agriculture – le Sahara fut vert et que s’il a déverdi subséquemment, ce n’est sûrement pas à cause du CO2 anthropique.

Et pour parler d’antiquité, il semble essentiel de mettre en exergue, une nouvelle fois, qu’une grande partie des variétés de maïs d’antan étaient naturellement résistantes à la sécheresse. Le maïs est une espèce C4 et sa résistance à la sécheresse était telle que les Hopis (dans le sud-ouest de ce qui est maintenant les USA) le semaient jusqu’à 30 cm de profondeur dans les terres de leurs “déserts”. Lorsque Wallace (ministre de l’agriculture US et ensuite vice-président) créa son entreprise Pioneer Hi-Bred en 1926, il imposa le paradigme farceur du tout hybride F1 et de l’hétérosis salvatrice. Les variétés de maïs résistantes à la sécheresse furent transformées en monstres d’eau requérant 1500 litres d’eau, ou plus, pour produire 1 kg de grains secs. (112) Et aujourd’hui, la boucle est bouclée: les agronomes des multinationales biocidaires promeuvent leurs variétés de maïs devenues prétendument résistantes à la sécheresse grâce à leurs prouesses biotechnologiques et de préférence chimériques.

Il est très clair que l’objectif à court terme du CIMMYT est de faire en sorte que l’Afrique se couvre de variétés hybrides F1 de maïs: soit les quelques siennes prétendument résistantes à la sécheresse; soit celles des semenciers industriels purs et durs rachetés par Monsanto, Limagrain, Syngenta et DuPont; soit celles revendues, ou introduites, par quelques dizaines de petits semenciers Africains qui sont déjà sous perfusion/investissement des multinationales et fonds financiers  de l’Occident.

En effet, parallèlement au rachat des principaux semenciers du continent Africain par le Gang des Quatre (Monsanto, Limagrain, Syngenta et DuPont), une vaste opération d’investissements financiers se met en place depuis quelques années pour prendre le contrôle de quelques dizaines de petites compagnies semencières Africaines, principalement au travers de fonds financiers. Derrière ces fonds financiers se cachent toujours les mêmes … et parfois même des entités Européennes. Dans le cas, par exemple, de la compagnie semencière privée la plus importante du Kenya, Western Seed Company, les prises de participation financière émanent non seulement de Pearl Capital Partners (AGRA, la Fondation Bill Gates, la Fondation Rockefeller, USAID et la Banque J. P. Morgan) et de l’Acumen Fund (45) (Fondation Rockefeller, Fondation Cisco Systems) mais également du Voxtra East Africa Agribusiness Fund (1,4 million de dollars) basé en Norvège (80). (Ce fonds a également investi dans Mtanga Farm en Tanzanie qui produit, entre autres, des semences de pomme de terre).

Il est très clair que l’objectif à moyen terme du CIMMYT est de faire en sorte que l’Afrique se couvre de variétés chimériques de maïs (et d’autres espèces alimentaires chimériques). Nous invitons tous ceux, qui penseraient encore (parce que c’est publié dans Nature) que les variétés de maïs du programme WEMA ne sont pas chimériques, à consulter un autre article (de Nature, d’ailleurs!!) (99) (100) ainsi que les nombreux communiqués du CIMMYT qui n’offrent aucun doute quant à la nature chimérique de leurs introductions. L’article de Nature, dans un encart, présente les variétés chimérique du WEMA comme des “Sauveurs Potentiels de Vie”, ni plus ni moins. La multinationale Monsanto, en toute franchise arrogante, décline sur une belle carte de l’Afrique toutes ses cultures chimériques en commercialisation ou en essais confinés (avec le partenariat du CIMMYT). Ces cultures chimériques de Monsanto concernent: le maïs, le coton, la fraise, le niébé, la canne à sucre, la tomate, la pomme de terre, le concombre, la fève, le soja, le colza et le manioc. (101) A toutes ces espèces alimentaires, il ne faut pas oublier de rajouter le riz et le millet chimériques mis en place par d’autres nécro-techs, toujours en Afrique.

L’objectif fondamental – sur le plan de la biodiversité – de toutes ces multinationales (et de leurs partenaires institutionnels ou de fondations “humanitaires”) est de répliquer ce qu’ils ont réalisé en Inde depuis les années 60 avec la première prétendue révolution verte (destruction de 250 000 variétés de riz): à savoir l’éradication de toutes les variétés traditionnelles paysannes, le fruit de siècles ou de millénaires de co-évolution entre l’humain paysan, le monde végétal et l’intégralité de la biosphère.

L’objectif fondamental – sur le plan de la fertilité des sols vivants – de toutes ces multinationales (et de leurs partenaires institutionnels ou de fondations “humanitaires”) est de répliquer ce qu’ils ont réalisé partout ailleurs sur la planète: à savoir la destruction des sols vivants par l’épandage systématique de fertilisants de synthèse et de biocides qui font la fortune des multinationales de l’agropétrochimie, lesquelles multinationales proclament toutes, depuis 2012, qu’elles sont en train d’intensifier leur présence prospère en Afrique. Rappelons, encore une fois, que les variétés modernes – hybrides F1 et chimériques – sont des variétés handicapées qui ne peuvent pas fonctionner sans l’apport de l’artillerie lourde des fertilisants de synthèse et des fongicides, herbicides, insecticides, nématocides… Rappelons également que depuis 50 années, le nombre des “pathologies végétales” ne cesse de s’accroître et ce en proportion de l’accroissement des intrants de l’agriculture toxique. Rappelons aussi que la quantité de biocides utilisée en agriculture est sans cesse croissante (46 milliards de dollars) (102) et ce en proportion d’un nombre sans cesse croissant de nouvelles variétés agricoles qui seraient résistantes à tout (insectes, champignons, bactéries, etc). Ne serait-il pas temps que l’agriculture mortifère change de paradigme ou de programme publicitaire? Parce qu’il semblerait fort que, saison après saison, ils perdent la guerre contre les dites pathologies. Il est d’ailleurs étrange que, ces dernières années, trois des espèces alimentaires les plus essentielles  de l’Afrique soient l’objet de pathologies fulgurantes: le maïs (la nécrose létale), le blé (une rouille) et le manioc (le virus de la mosaïque) qui font dire, d’ailleurs, aux promoteurs de chimères génétiques que hors la transgenèse, il n’est point de salut. Je ne mentionnerai pas les hypothèses émises par les agronomes au Cambodge  – alors que j’y étais en mission semences en 2003 et que la presse nationale commençait à évoquer le phénomène (123) – qui venaient de perdre toutes leurs variétés de maïs traditionnels détruits par un virus totalement inconnu l’année même où les variétés chimériques de Monsanto faisaient leur entrée dans le pays. Ce qui n’est sûrement qu’une fâcheuse coïncidence… mais le palmarès très étendu des crimes de Monsanto contre l’humanité est tel que les imaginations s’enflamment.  Il reste que le très respecté spécialiste en guerre biologique, le Professeur Francis Boyle, vient de donner, le 22 octobre 2014, une interview très troublante sur l’origine plus que probable d’une nouvelle souche du virus “pétrolébola” créée dans un laboratoire US en Afrique de l’ouest, au Sierra Léone. Et d’ailleurs Monsanto s’est investi financièrement, en juillet 2014, dans Tekmira, une société très impliquée dans le non-traitement du virus “pétrolébola”! Mais c’est un tout autre dossier, n’est-ce pas? (103) (104). Ce qui est certain, par contre, c’est que la généralisation des monocultures de variétés modernes en agrochimie, en Afrique, ne va qu’accroître la vulnérabilité de tout le système agricole et de la survie de tous les petits paysans qui s’y comptent par centaines de millions.

Et donc, l’objectif fondamental – sur le plan de la prospérité des tissus sociaux humains – de toutes ces multinationales (et de leurs partenaires institutionnels ou de fondations “humanitaires”) est de répliquer ce qu’ils ont réalisé partout ailleurs sur la planète: la destruction des agricultures vivrières et l’élimination des petits paysans par l’endettement, l’entassement dans les bidonvilles, le suicide par ingestion de biocides ou l’empoisonnement létal (suite à une utilisation de biocides sans protection).

L’idéal du paysage agricole Africain pour le CIMMYT, l’AATF et l’AGRA – et pour leur seconde Révolution Verte –  c’est l’Afrique du sud. Pourquoi l’idéal? Tout simplement parce que Monsanto, Limagrain, Syngenta et Pioneer/DuPont y sévissent depuis très longtemps. Parce que l’ABCD des multinationales alimentaires – Archer Daniels Midland, Bunge, Cargill et Dreyfus – y sévissent depuis tout autant de temps. Parce que le pays est déjà couvert, depuis un demi-siècle, d’hybrides F1 et de chimères génétiques (120). Parce que ce pays constitue une très bonne base pour exporter des grains chimériques par centaines de milliers de tonnes vers les pays avoisinants pour les contaminer. Parce que les sols sont brûlés par les intrants chimiques depuis des dizaines d’années, donc infertiles, donc en besoin permanent de fertilisation de synthèse.  Et parce que 50 000 agriculteurs (blancs) – et quelques entités de l’agrobusiness – possèdent déjà 80% des terres agricoles, à savoir 82 millions d’hectares. Le rêve absolu pour les psychopathes des multinationales biocidaires (106).

Au début du 19 ème siècle, les Anglais ont été les témoins de productivités extraordinaires de blé et de riz en Inde (4 tonnes de blé l’hectare dans la région de Allahabad en Uttar Pradesh et plus de 10 tonnes de riz l’hectare dans le Tamil Nadu, par exemple) de par l’extrême sophistication de l’agriculture strictement écologique du sous-continent (107). C’est pour cela qu’au début du 20 ème siècle, l’Empire Anglais voulait faire de l’Inde son grenier à céréales. Et c’est pour cela, bien sûr, que les Occidentaux ont introduit la “Révolution Verte” en Inde dès 1961: pour tout détruire ce qu’ils n’avaient pas pu coloniser à l’extrême.

En ce début de 21 ème siècle, l’Empire Occidental projette de faire du vaste continent Africain (très riche en réserves d’eau) son grenier à grain pour les estomacs des pays riches et son grenier à nécro-carburants (109) pour les réservoirs des véhicules de ces mêmes pays (108) – en détruisant ses populations paysannes, ses sols vivants et sa biodiversité. D’où l’extrême urgence de mettre en place une pléthore de méga-rideaux de fumée pour contrer la prise de conscience sans cesse croissante des peuples eu égard au terrorisme alimentaire répandu sur toute la planète par une poignée de multinationales criminelles et par leur laquais dans les Etats, ONGs et autres pseudopodes institutionnels.

Dominique Guillet. Le 3 novembre 2014.


C'est grâce à notre propre réseau de producteurs et avec la participation active des adhérents, parrains et marraines, que nous maintenons une collection planétaire unique de plus de 2200 variétés, à savoir plus de 650 variétés de tomates, près de 200 variétés de piments, 150 variétés de courges...