Tournesols

Classification botanique

Le tournesol, Helianthus annuus, fait partie de la famille des Asteraceae et de la tribu des Heliantheae.
Le genre Helianthus comprend plus de 60 espèces connues.

histoire

L’histoire du tournesol ne commence pas en Russie, ainsi que certaines personnes le pensent encore, mais en Amérique, dans un passé très lointain, lorsque les peuples amérindiens découvrirent que les graines de tournesol étaient très nutritives.

Tournesol Gloriosa
Tournesol Gloriosa

Ce n’est que lors de la redécouverte de l’Amérique que cette plante voyagea vers l’Europe et y attisa de nombreuses curiosités en raison de sa grande taille. Elle devint alors un des éléments essentiels de l’agriculture en Russie. Le Tournesol, Helianthus annuus (du grec Helios pour soleil et Anthos pour fleur) est une de la soixantaine d’espèces du genre Helianthus. Linnée la baptisa “annuus”, annuelle, car à son époque on ne connaissait que cette espèce annuelle d’Helianthus.

Tournesol beauté d'automne
Tournesol beauté d'automne

Les botanistes considèrent maintenant une douzaine d’espèces annuelles d’Helianthus.  Toutes les autres espèces sont vivaces et certaines sont utilisées comme ornementales (par exemple, Helianthus maximiliani). Une seule espèce vivace est utilisée à des fins alimentaires : c’est le topinambour, Helianthus tuberosus, que l’on appelle parfois l’artichaut de Jérusalem, mais qui n’est ni un artichaut ni de Jérusalem. La plupart des espèces d’Helianthus sont originaires d’Amérique du nord et centrale. Il existe, cependant, quelques espèces en Amérique du sud qui sont des espèces buissonnantes et parfois arborescentes.

Au sein de l’espèce Helianthus annuus, que l’on appelle le tournesol, on peut considérer trois groupes distincts :

* Des plantes très ramifiées qui poussent à l’état sauvage et recouvrent, parfois, des milliers d’hectares en Amérique du nord, particulièrement dans les régions de l’ouest.

* Des cultivars non ramifiés, avec de gros capitules et de grosses graines, développés depuis des siècles pour l’aspect alimentaire. La taille des plantes peut atteindre 6 mètres et le diamètre des capitules peut atteindre 80 cm. Les graines de certaines variétés de tournesol géants peuvent atteindre 2,5 cm de longueur.

* Des cultivars, souvent  très ramifiés, utilisés à des fins ornementales dont les couleurs des fleurs sont très diverses : jaune citron, brun, rouge, … Les fleurs peuvent être simples ou doubles.

Tournesol Tiger Eye
Tournesol Tiger Eye

Il est assez difficile de déterminer exactement l’origine de l’usage du tournesol chez les Amérindiens dans la mesure où ses graines sont beaucoup plus fragiles que les graines du maïs qui, une fois séché, peuvent se conserver pendant des millénaires. Les chercheurs ont, cependant, découvert des graines éparses dans les sites archéologiques de l’Amérique du nord et de l’Amérique du centre. Les récits des premiers explorateurs nous permettent de mettre en valeur, néanmoins, que le tournesol était considéré comme une plante majeure par de nombreux peuples Amérindiens.

Sur le plan médicinal, les Zunis l’utilisaient pour les morsures de serpents à sonnette ; les Dakotas l’utilisaient pour les douleurs de la poitrine ; les Pawnees l’intégraient à des préparations durant la grossesse pour que l’enfant nouveau né soit bien portant ; les Cochitis utilisaient le jus frais des tiges pour soigner les blessures.

Certains peuples, tels les Hopis, avaient recours à certains cultivars dont les graines violettes fournissaient une teinture pour leurs vêtements et vanneries.

Sur le plan alimentaire, le tournesol était considéré comme essentiel et de petits biscuits étaient confectionnés que l’on pouvait grignoter afin de soulager instantanément la fatigue.

Chez certains peuples, le tournesol était, ainsi, la nourriture, par excellence, du guerrier. Sur le plan rituel, le tournesol était également un élément essentiel de la vie religieuse. Les Hopis en ornaient leur chevelure durant des cérémonies religieuses.

Tournesol Evening Sun
Tournesol Evening Sun

Il est, par exemple, un élément de la cosmogonie des Onondagas, avec les haricots, les courges et les maïs. Des tournesols en bois sculpté ont été trouvés sur des sites archéologiques en Arizona.

De récentes découvertes (en 2001) de vestiges préhistoriques de graines de tournesol ont remis en question la thèse de la domestication de cette plante en Amérique du nord. En effet, des graines ont été découvertes à San Andres, un site archéologique dans la région de Tabasco au Mexique. Ces graines semblent être de 1200 ans plus vieilles que celles retrouvées sur la côte est des USA. Elles ont été datées à 4100 ans avant Jésus-Christ.

Le Tournesol serait donc issu de la biodiversité Mexicaine alors qu’il était jusqu’alors considéré comme la seule plante alimentaire majeure issue de l’Amérique du nord.

 Nutrition

Les graines de Tournesol contiennent de 20 à 25 % de protéines. Cette protéine est relativement bien équilibrée, quant à sa composition en acides aminés, et elle est particulièrement riche en isoleucine et tryptophane, deux acides aminés essentiels. Elle est par contre pauvre en lysine, tout comme le maïs et à la différence de la protéine du soja qui en contient beaucoup. Elle a, cependant, également à son avantage une bonne présence en méthionine et en cystéine, deux acides aminés déficients tout aussi bien dans le maïs que dans le soja. Les graines de Tournesol contiennent également beaucoup de fer, de calcium, de phosphore, de sodium et de potassium, des vitamines B (thiamine, riboflavine et niacine), du béta-carotène, précurseur de la vitamine A et de la vitamine E, les tocophérols. Parmi toutes les huiles végétales, celle du Tournesol contient la plus grande proportion d’alpha-tocophérol, la forme la plus active de vitamine E.

Les pétales du Tournesol constituent une bonne source de deux des acides aminés les moins présents dans les substances alimentaires, la valine et l’isoleucine.

Conseils de jardinage

Tournesol Tohoku Yae
Tournesol Tohoku Yae

Il est conseillé de ne semer les tournesols qu’après les dernières gelées. On peut également les semer en pépinères (peu de temps avant le repiquage en raison de leur croissance très rapide) à condition que les godets soient en tourbe car les tournesols n’apprécient pas trop que leur système racinaire soit dérangé. Il faut également veiller aux limaces qui sont excessivement friandes des jeunes plantules de tournesols. Il est conseillé de semer les tournesols dans un sol riche et d’éloigner les autres cultures d’un bon mètre car les tournesols laissent peu de chances aux autres plantes de se développer harmonieusement.

pollinisation

L’inflorescence du Tournesol est un capitule composé de deux types de fleurs appelées “fleurons“ : les fleurons périphériques qui sont ligulés et unisexués et les fleurons du disque qui sont tubuleux et hermaphrodites. Le nombre de fleurons tubuleux peut varier de quelques centaines à huit mille. Ces fleurons sont généralement ouverts durant deux jours. Durant la première journée, les anthères libérent le pollen. Durant la seconde journée, le stigmate émerge, ses deux lobes s’ouvrent et deviennent réceptifs à leur propre pollen tout en en restant hors de portée.

Tournesol Morning Sun
Tournesol Morning Sun

Bien que de nombreuses fleurs de la famille des Astéracées soient auto-fécondes, le Tournesol ne l’est que très rarement. Les fleurs ne peuvent donc être fécondées que grâce à la visite d’insectes (abeilles, bourdons…) amenant du pollen extérieur. Si les aléas climatiques sont tels qu’aucun insecte ne vienne visiter le fleuron, le stigmate s’enroule alors pour entrer en contact avec son propre pollen. Dans ce cas, cependant, le processus de fécondation n’aboutit que rarement.

Certaines variétés de Tournesol sont auto-compatibles : le fleuron peut être fécondé par du pollen émanant d’un autre fleuron du même capitule. D’autres variétés sont auto-incompatibles : le fleuron ne peut être fécondé que par du pollen émanant d’une autre plante.

Cela prend généralement de cinq à dix jours pour que tous les fleurons d’un capitule de Tournesol s’épanouissent. Un capitule typique, en pleine période de pollinisation, se présente comme suit : tout d’abord en périphérie, des fleurons séchés qui, pour la plupart, ont été fécondés ; ensuite, un anneau de fleurons dont les stigmates sont réceptifs ; ensuite, un anneau de fleurons en train de libérer leur pollen ; et puis, vers le centre, les fleurons qui ne se sont pas encore épanouis.

Il est nécessaire d’isoler les variétés afin de conserver la pureté variétale. Cet isolement peut varier de 700 mètres à quelques kilomètres en fonction tout d’abord de la taille des populations de Tournesols cultivés dans la région, en fonction de la topographie du lieu et du rayon d’action des insectes pollinisateurs. On considère généralement que les abeilles peuvent transporter du pollen de tournesol sur une distance de 5 km. Il existe également des possibilités d’hybridations naturelles avec le topinambour dont les repousses sont abondantes dans certaines régions de France.

Il est également possible d’effectuer une pollinisation manuelle. Le processus en est relativement simple. Il faut isoler chaque capitule dans un sac en papier kraft très robuste et étanche avant que les fleurons tubuleux ne commencent à s’épanouir. Il faut ensuite chaque jour, durant les cinq à dix jours que dure la “floraison” des capitules, ôter les sacs en papier deux à deux. Les deux fleurs, qui sont libérées de leur sac, doivent être frottées l’une contre l’autre délicatement et puis de nouveau protégées dans leur sac. Il est essentiel de veiller, durant le processus de pollinisation manuelle, à ce qu’aucun insecte, abeille, bourdon, ou mouche, ne vienne butiner en amenant du pollen étranger.

Production de semences

Lorsque le capitule du Tournesol est complètement fécondé, à savoir qu’il est rempli de semences et que les pétales commencent à chûter, il peut être coupé de la plante et mis à sécher dans un endroit protégé, les graines tournées vers le haut afin d’éviter toute fermentation. Les oiseaux adorent les graines de Tournesol et il est très difficile de les prendre de vitesse car ils commencent à les dévorer bien avant qu’elles soient totalement sèches et qu’elles tombent d’elles-mêmes du capitule.

Graines de tournesol "Mammouth"
Graines de tournesol "Mammouth"

L’attrait des Tournesols pour les mésanges, chardonnerets, geais bleus et toute la gente ailée, est complètement irrésistible et ils n’hésitent pas à entrer dans les demeures pour y dérober les précieuses graines protéinées. Lorsque les capitules ont commencé à sécher, les graines peuvent en être ôtées en frottant assez fort avec les mains. Pour nettoyer un très grand nombre de capitules, on peut élaborer un tamis avec un grillage de 2 cm par 2 cm fixé à une caisse en bois ou plus simplement sur un baquet en plastique que l’on maintient entre les deux genoux. Il suffit, ensuite, de frotter énergétiquement les capitules contre le grillage pour que les graines tombent dans le récipient.

Il est nécessaire, la plupart du temps, de continuer le séchage des graines sur une étagère ou sur un tamis, dans un endroit sec et à l’abri de la lumière solaire directe, et en les remuant tous les jours.

Le test de séchage définitif est le suivant : on prend une graine entre le pouce et l’index et on essaye de la plier. Si elle se plie, c’est que les graines ne sont pas encore totalement sèches. Si elle se brise en deux, c’est que les graines sont bien sèches et on peut alors les stocker dans un récipient.

Les semences de Tournesol, conservées dans de bonnes conditions, gardent leur capacité germinative pendant 7 années.

Création variétale

Le nombre de variétés de Tournesols que l’on trouve, de nos jours, dans les catalogues, permet au jardinier amateur de jouer très facilement à créer ses propres variétés s’il le souhaite. Le Tournesol est une des plantes les plus faciles à croiser et le seul équipement nécessaire consiste en sacs en papier de kraft solide.

Le processus d’ensachage des capitules est le même que celui évoqué ci-dessus, à la différence près que les capitules que l’on va mettre en contact appartiennent à des variétés différentes.

Une création d'Alan Kapuler en Oregon
Une création d'Alan Kapuler en Oregon

Imaginons que nous voulions croiser une fleur de Velvet Queen avec une fleur de Tiger’s Eye. Si les deux variétés poussent proches l’une de l’autre, il suffit d’ôter le sac de chacune des fleurs, de les frotter délicatement l’une contre l’autre et de les renfermer dans leurs sacs. Lorsque les deux variétés sont distantes dans le jardin, on peut soit recueillir du pollen d’une des fleurs avec de petites pinces ou un pinceau et en recouvrir délicatement quelques dizaines de florets de l’autre fleur, soit couper la première fleur pour venir la frotter délicatement sur la seconde fleur.

Pour résumer : le processus de pollinisation manuelle est très simple à condition de respecter les trois principes suivants :

1. Toute pollinisation manuelle ne peut être réalisée qu’à partir de capitules qui ont été “ensachés” avant que les premiers florets s’épanouissent.

2. Toute intrusion d’un insecte pollinisateur durant le processus de pollinisation manuelle ou à l’intérieur d’un sac mal fermé fait échec à l’expérience ou du moins rajoute le paramètre du pollen inconnu.

3. Les sacs en papier kraft doivent être absolument remplacés après une forte pluie qui risque de les faire éclater, et ce durant toute la période ( de cinq à dix jours ) durant laquelle les florets sont réceptifs.

On peut également croiser toute variété d’Helianthus annuus, avec un certain nombre  d’espèces du genre Helianthus. Ainsi, on peut obtenir des croisements fertiles avec Helianthus debilis (dont une variété est connue sous le nom d’Italien blanc ou Vanilla), Helianthus hirsutus, Helianthus strumosus, Helianthus tuberosus (les topinambours), Helianthus maximiliani, Helianthus decapetalus, Helianthus angustifolius, Helianthus giganteus, Helianthus anomalus, Helianthus argophyllus, Helianthus bolanderi, Helianthus neglectus, Helianthus niveus, Helianthus paradoxus, Helianthus petiolaris et Helianthus praecox.

On peut aussi orienter la sélection d’une variété en fonction de tel ou tel critère. Imaginons un jardin de Tournesols Velvet Queen dont l’une des plantes manifeste une variation très intéressante de coloris. Il suffit alors d’ensacher deux des fleurs de cette plante, avant que les florets ne se soient épanouis, et de pratiquer une pollinisation croisée. La pollinisation, cependant, ne sera couronnée de succès que si la plante est auto-compatible.

Ce type de sélection ne peut, bien sûr, être réalisé qu’avec des variétés dont les plantes portent de nombreux capitules : Velvet Queen, Evening Sun, Gloriosa, Beauté d’Automne, Tigers’Eyes, Lion’s Mane…