Oignons

Classification botanique

L’Oignon, Allium cepa, fait partie de la Famille des Alliaceae et de la Tribu des Allieae.
Le genre Allium, dont la taxinomie est très complexe, comprend plus de 700 espèces connues.

Allium cepa est divisé en plusieurs sous-espèces :

  •  Allium cepa var. cela C’est l’oignon commun
  • Allium cepa var. aggregatum : Cette sous-espèce comprend l’oignon-patate et l’échalote de Jersey. L’oignon patate est également appelé “oignon sous terre”. Il forme une demi-douzaine de bulbes plus ou moins arrondis et de couleur jaune cuivré. Il ne fleurit pas et se multiplie par caïeux. L’échalote de Jersey fleurit parfois en produisant des semences fertiles. C’est, cependant, la multiplication par caïeux qui est la plus répandue.
    Il existe un autre type d’échalote : l’échalote grise ou ordinaire qui se reproduit exclusivement par caïeux. Elle est issue de l’espèce Allium oschaninii
  • Allium cepa var. proliferum : Cette sous-espèce comprend l’oignon de Catawissa et l’oignon-rocambole. L’oignon de Catawissa se caractérise par des tiges creuses qui se terminent par des étages de bulbilles (de un à trois étages). Les bulbilles sont de couleur violacée et on en trouve une demi-douzaine par étage. Ils sont consommés crus ou cuits. La plante est vivace.
    L’oignon-rocambole est également appelé oignon d’Egypte. Ses tiges se terminent par un ou deux étages de bulbilles de couleur généralement rouge cuivré.  La plante est vivace mais beaucoup moins rustique et vigoureuse que la précédente. Elle fleurit parfois en produisant quelques semences qui sont sans doute stériles ;
  • Allium cepa var. perutile : Cette sous-espèce est parfois appelée ciboule vivace et ever-ready onion en Anglais. Elle ne fleurit ni ne bulbifie. C’est peut-être la “Ciboule St Jacques” citée par Vilmorin en 1904 et par Bois en 1927.

Histoire

L’oignon repousse la mouche de la carotte. Réciproquement, la présence de la carotte est bénéfique pour l’oignon car elle atténue les infestations de la mouche de l’oignon.

Oignon Saint Turjan

L’oignon est sans doute originaire de l’Afghanistan,
du Pakistan et de l’Iran.

Il semble qu’il ait été important dans l’alimentation de l’antique Egypte (aux alentours de 2800 à 2300 avant Jésus-Christ). On a même retrouvé des graines dans une tombe Egyptienne datée à 3200 avant Jésus-Christ. C’est une plante très importante qui est cultivée maintenant sur toute la planète.

plantes compagnes

Oignon Walla Walla

L’oignon croît harmonieusement en présence des Brassicacées, des betteraves, des fraises, des tomates
et des laitues.

Par contre, il n’apprécie pas l’association avec les haricots et les petits pois. Certains Allium possèdent des effets toxiques sur les champignons phytopathogènes.  Grainge et Ahmed, dans leur ouvrage “Handbook of Plants with Pest-Control Properties”  (1988, Resource Systems Inst), citent de très nombreux exemples.

Ainsi, Alternaria tenuis, Aspergillus niger, Fusarium oxysporum, Fusarium poae et verticillium albo-atrum sont sensibles à l’oignon (et d’ailleurs aussi à l’ail).

Pollinisation

Oignon Jaune Paille des Vertus

L’inflorescence de l’oignon est une ombelle composée de petites fleurs dont le nombre varie de 50 à 2000.

Les fleurs sont parfaites (hermaphrodites, mâle et femelle à la fois). Chaque fleur est composée de 2 bouquets de trois étamines chacun et d’un style conduisant à un ovaire à trois cellules. Chaque cellule contient deux ovules : une fleur peut donc produire 6 graines.

Les fleurs individuelles sont incapables de s’auto-féconder. En effet, ce sont des fleurs protandres : les étamines libèrent leur pollen avant que  le stigmate ne soit réceptif. Il semble que la majorité du pollen soit libéré dès que la fleur s’épanouit, à savoir entre 9 h et 17 h, le premier jour. C’est tout d’abord les anthères du bouquet intérieur de trois étamines qui libèrent leur pollen et ensuite les anthères du bouquet d’étamines périphériques. Ce processus de libération de pollen est normalement terminé avant la fin du second jour mais il peut parfois se prolonger durant le troisième jour.  C’est alors que le stigmate devient réceptif (et ce pendant plusieurs jours) mais il ne peut être pollinisé que par le pollen d’une autre fleur.

L’oignon est donc une plante auto-stérile au niveau de chaque  fleur individuelle mais c’est une plante auto-compatible au niveau de l’ombelle globuleuse ou de la plante. Les fleurs individuelles de l’ombelle globuleuse s’épanouissent progressivement pendant quatre semaines, avec un maximum durant la seconde semaine. Ainsi, pendant ce laps de temps, il y a toujours des étamines qui libèrent leur pollen et des stigmates qui sont réceptifs.

Il y a donc en grande majorité des pollinisations croisées. Certains auteurs, cependant, mentionnent jusqu’à 9 % d’auto-fécondations. Les oignons sont pollinisés par les insectes et la présence de ces derniers  est indispensable à la formation de belles plantes porte-graines.  Certaines études ont pu dénombrer la présence de près de 270 espèces d’insectes sur les fleurs d’oignons. Cependant, de ces 270 espèces, seules une dizaines d’espèces constituent des pollinisateurs réellement efficaces et en particulier les abeilles attirées par le pollen et le nectar (les glandes nectarifères sont situées à la base des étamines de la fleur de l’oignon).

La hampe florale de l’oignon est creuse et de section circulaire alors que celle du poireau est pleine. Afin de préserver la pureté variétale, il est conseillé d’isoler deux variétés d’oignons porte-graines d’une distance variant de 400 mètres à un kilomètre en fonction de l’environnement.

L’oignon peut se croiser avec l’oignon-rocambole ainsi que, parfois, avec des variétés de l’espèce Allium fistulosum. Il est donc indispensable de l’isoler complètement de ces plantes.

Il est souhaitable d’avoir dans le jardin une vingtaine de porte-graines d’oignons, de la variété sélectionnée, afin de favoriser le maintien d’une bonne diversité génétique.

Plusieurs variétés d’oignons porte-graines peuvent être cultivées dans le même jardin sous des tunnels voilés  à la condition : d’introduire des mini-ruchettes d’insectes : mouches, abeilles, bourdons ou abeilles sans dard dans les Tropiques (genre Trigona et Melipona) ; ou bien de pratiquer l’ouverture des voiles par alternance.

Production de semences

On peut discerner plusieurs phases de croissance chez l’oignon :

  • La phase végétative dont l’optimum de développement se situe à des températures variant de 20 à 25°C ;
  • La phase de bulbification qui est induite par une combinaison de températures plus élevées (situées entre 25°C et 35°C) et de jours longs (avec un seuil photopériodique variant de 11h30 à 17 heures en fonction des variétés) ;
  • La phase de levée de dormance qui se manifeste de façon optimum à des températures de 12-15 °C et qui se concrétise par l’émergence de la tige du futur porte-graines.
  • La phase de floraison qui est induite par des températures fraîches (avec des températures nocturnes inférieures à 15°C), ceci étant surtout vrai pour les variétés originaires de la zone tempérée ou méditerranéenne.
Oignon Rouge pâle de Niort

Les semences d’oignons peuvent être élaborées de deux façons : de la semence à la semence ou du bulbe à la semence.
C’est cette seconde méthode qui est privilégiée lorsque l’on souhaite produire des semences de qualité. Elle consiste à récolter les bulbes à maturité, à les sélectionner en fonction des paramètres choisis, à les faire hiverner et à les replanter au printemps lorsque les risques de gelées sont passées. En fonction de l’humidité et de la température , certaines variétés peuvent se conserver jusqu’à 10 ou 12 mois. Certaines recherches récentes mettent en valeur que l’on peut conserver les oignons le plus facilement avec des températures très élevées ou bien froides (proches de 0°C). Ce sont les températures des maisons d’habitations qui sont en fait les plus néfastes à la conservation des oignons. L’oignon est ainsi conduit en plante bisannuelle qui va produire ses semences vers la fin de l’été de la seconde année de culture.

Il peut s’avérer nécessaire de tuteurer les porte-graines dont les hampes florales peuvent atteindre deux mètres de hauteur. Les semences sont mûres lorsque les tiges commencent à brunir. Elles ont  une couleur noire et commencent à tomber au sol. On peut alors couper la tête avec un morceau de tige, la mettre dans un sac de papier kraft, et la pendre à l’envers dans un endroit sec et ventilé afin de terminer le séchage. Lorsque celui-ci est terminé, on peut tamiser les semences mélangées avec les débris végétaux.

Il est également  intéressant de mentionner une technique Africaine de production de semences que nous avons pu observer au Burkina Faso et au Sénégal et qui est pratiquée dans de nombreux pays d’Afrique. Les paysans sectionnent la partie supérieure de l’oignon qu’ils consomment. Ce n’est que la partie inférieure qui est légèrement enterrée ou bien recouverte d’une couverture végétale. Chaque bulbe contenant plusieurs bourgeons, des repousses émergent à la périphérie et sont  replantées afin de produire chacune une plante porte-graines.

Une autre observation faite au Sénégal concerne la floraison prématurée des plants d’oignons due à  des pratiques agricoles non-soutenables (semences de mauvaise qualité, dégénérescence de variétés hybrides, nombreuses applications d’agro-toxiques, etc). Il est fortement déconseillé de récolter des semences d’oignons issues de floraisons prématurées.

La production de semences d’oignons peut s’avérer difficile lorsque les conditions climatiques sont très chaudes et sèches durant l’été. L’excès de chaleur peut empêcher la fructification ou produire un nectar peut appétant pour les abeilles qui désertent alors les porte-graines d’oignons.

Les semences d’oignons ont une durée germinative moyenne de 2 ans. Elles peuvent, cependant, conserver une faculté germinative jusqu’à 7 années. Dans les régions tropicales chaudes et humides, la conservation des semences ne dépasse pas parfois quelques mois. Un gramme contient environ 250 semences.

Erosion génétique

Oignon Bronzé d'Amposta

En 1925, Jones et Clarkes, aux USA découvraient la première stérilité mâle cytoplasmique dans une plante d’oignon de la variété Italienne “Rouge de Florence” (“Red Italian”) possédant des bulbilles d’inflorescence. En 1958, Banga et Petiet en découvrirent une autre dans la variété “Rijnsburger” et en 1965 Berninger  en découvrit une troisième dans la variété Française “Jaune Paille des Vertus”. Les premiers hybrides F1 d’oignons furent créés vers le milieu du siècle passé, suite à la découverte de ces stérilités.

Dans le catalogue national Français du GNIS, au jour d’aujourd’hui, les hybrides F1 d’oignons constituent près de la moitié des variétés enregistrées et donc permises à la vente.  D’aucuns diront que ce n’est pas dramatique en comparaison des tomates enregistrées qui sont des hybrides F1 à 95% ou encore des melons enregistrés qui sont des hybrides F1 à 95% ou même encore des choux-brocolis qui sont des hybrides F1 à 100%!!

Dans le catalogue national Français du GNIS, il y a même encore une vingtaine de variétés d’oignons antérieures à 1955! (La bonne soupe à l’ancienne!) Dans l’ouvrage de Vilmorin (éditions de 1925), 78 variétés d’oignons étaient décrites.  Nous citons les Professeurs Messiaen et Foury: «En fait pour des raisons biologiques et économiques, l’avantage des hybrides F1 n’est pas toujours évident pour l’oignon. Par ailleurs, la domination économique des Rijnsburger a appauvri la diversité génétique de ces hybrides. » (Histoire de Légumes. INRA) Ce sont les spécialistes de l’oignon qui le disent.

Dans la collection  nationale du NSSL (banque de semences) de Fort Collins aux USA, il y avait 357 variétés d’oignons en 1903 et seulement 21 variétés en 1983, ce qui représente une érosion génétique de 94,1 %.

Aux USA, également, le Seed Savers Exchange a mis en valeur l’érosion génétique des variétés d’oignons non-hybrides présentées dans les catalogues de semences entre 1981 et 2004.

  • Oignons rouges: 37 variétés présentées en 1981 et 18 en 2004, à savoir une perte de 51 %.
  • Oignons blancs: 60 variétés présentées en 1981 et 23 en 2004, à savoir une perte de 62 %.
  • Oignons jaunes: 95 variétés présentées en 1981 et 26 en 2004, à savoir une perte de 73 %.

En Argentine, une équipe travaille, sous la direction de Mr. Pablo Marinangeli, à la création d’oignons transgéniques résistants à un champignon.