Chicorées Amères et Endives

Classification botanique

L’Endive et la Chicorée amère, Cichorium intybus, fait partie de la Famille des Asteraceae et de la Tribu des Lactuceae. Le genre Cichorium comprend une dizaine d’espèces connues.

Les variétés de cette espèce peuvent être réparties en deux grands groupes :

Cichorium intybus var. foliosum. Ce sont les chicorées à feuilles: à larges feuilles (barbe de capucin), à feuilles rouges (Chioggia, Vérone, Trévise…), à feuilles panachées (Variegata di Castelfranco, Variegata di Chioggia…), à feuilles vertes (Pain de sucre, Catalognes…)

Cichorium intybus var. sativum. Ce sont les chicorées à racines : chicorées à sucre ou chicorées à torréfier.

Les botanistes distinguent Cichorium endivia de Cichorium intybus de par le fait que les pédoncules des capitules terminaux sont fortement attachés à l’apex chez Cichorium endivia et faiblement attachés à l’apex chez Cichorium intybus.


 Pollinisation

L’inflorescence des chicorées scaroles et frisées est un capitule composé de fleurons ligulés de couleur bleu vif. Elle s’épanouit à l’aube et se ferme vers midi. Les inflorescences sont parfaites, mâles et femelles à la fois, mais elles sont auto-stériles : le pollen de chaque plante est viable mais il ne peut féconder que les fleurs d’une autre plante. Ce sont les insectes qui sont le vecteur des pollinisations.

Chicorée amère "Catalogna / Puntarelle di Galatina"
Chicorée amère "Catalogna / Puntarelle di Galatina"

Afin de conserver la pureté variétale, il est conseillé d’isoler chaque variété d’au moins 500 mètres à un kilomètre en fonction de l’environnement et des barrières végétales naturelles. Elle doit être isolée :

  • de toute plante de chicorée sauvage poussant dans les champs ou sur les talus ;
  • de toute autre variété cultivée de l’espèce Cichorium intybus (endive, chicorée amère et chicorée à racines pour l’élaboration de substitut de café) ;
  • de toute variété cultivée de l’espèce Cichorium endivia.

Lorsque les conditions d’isolement de toute chicorée sauvage ou de tout autre jardin le permettent, on peut cultiver deux variétés de chicorées amères ou d’endives, dans le même jardin, en cages voilées en enlevant les voiles par alternance, afin que les insectes pollinisateurs puissent féconder les fleurs. Lorsque les conditions précédemment évoquées prévalent, on peut également cultiver une variété de chicorée amère ou d’endive en pollinisation libre (sans cage) près d’une variété de chicorée scarole ou de chicorée frisée que l’on laissera tout l’été sous cage voilée (puisqu’elle totalement auto-féconde et qu’elle n’a pas besoin d’insectes pollinisateurs). Les jardiniers dotés d’un immense réservoir de patience peuvent même s’aventurer dans les processus de pollinisations manuelles. Il faut, dans ce cas, ensacher la veille les fleurs (qui vont s’épanouir le lendemain matin) de plusieurs plantes et le jour suivant les polliniser et remettre les sachets en place. Cette technique permet de créer ses propres variétés en jouant avec des variétés rouges et des variétés vertes par exemple.


Production de semences

Les chicorées amères et les endives sont des plantes bisannuelles mais qui peuvent monter à graines durant la première saison de culture si elles sont semées trop tôt ou si elles sont exposées à un stress généré par des températures froides en jours courts. Ces plantes ne doivent pas être conservées pour la production de semences.

Chicorée amère rouge de Trévise tardive
Chicorée amère "Rouge de Trévise tardive"

Dans les régions au climat clément, les chicorées sont laissées en terre durant l’hiver et elles montent à graines durant le printemps.

Dans les régions aux hivers excessivement rigoureux, on peut arracher les plantes, les rabattre à quelques centimètres au dessus du collet, et les mettre dans du sable humide afin de les replanter au printemps.

Les chicorées amères sont, cependant, beaucoup plus résistantes aux températures extrêmes que les chicorées scaroles ou chicorées frisées et elles peuvent rester en terre dans la plupart des régions Francaises.

Les semences mûres de chicorées ont un tempérament insolite :

  • soient elles tombent à terre et se resèment abondamment et naturellement ;
  • soient elles refusent de sortir de la petite coque qui les enserre. Le jardinier a le choix entre le semis des petites coques contenant plusieurs graines (et l’éclaircissement subséquent) et l’usage de moyens vigoureux permettant de déloger les graines : roue de tracteur, coups de marteaux …

Les semences de chicorée ont une durée germinative moyenne de 10 années et plus.


Erosion génétique

« La conservation des ressources génétiques, bien que régulièrement évoquée, reste un domaine trop souvent délaissé. Devant cet état de fait et considérant que toutes les espèces ne pouvaient pas être menées de front, la section plantes potagères du Comité technique permanent de la sélection (CTPS) a proposé, fin 1992, la création d’un groupe de travail ressources génétiques chicorées” ». Extrait de l’article sur les Chicorées signé par François Boulineau, Valérie Kelechian, Claire Doré et Bruno Desprez dans la revue Sauve qui Peut. 1994. En 1998, le BRG (Bureau des Ressources Génétiques) lance un “Appel aux collectionneurs pour retrouver les anciennes variétés de chicorées”. Son site internet  nous informe que la Collection nationale comprend 660 accessions dont 227 lots de Cichorium endivia et 433 lots de Cichorium intybus et qu’en plus « cette collection est disponible, échangeable et valorisable ».

Que de bonnes nouvelles ! Et qu’en est-il réellement de la proportion d’anciennes variétés dans cette collection et surtout de leur accessibilité aux maraîchers et jardiniers ? Mauvaises nouvelles ! EGG : Erosion Génétique Galopante. Prenons l’exemple des “chicorées frisées” à partir de l’instauration du Catalogue Officiel :

– en 1952 : 38 variétés du domaine public.

– en 1995 : 32  variétés inscrites dont 11 variétés du domaine public. (trois étant des races de “Gloire de l’Exposition”.

– en 1997 : 41 variétés inscrites dont 11 variétés du domaine public. (trois étant des races de “Gloire de l’Exposition”.

– en 2001 : 46 variétés inscrites dont 10 variétés du domaine public.

– en 2004 : 52 variétés inscrites dont 9 variétés du domaine public.

Il reste quand même encore quelques anciennes variétés ce qui n’est pas le cas dans la section “endives” du Catalogue Officiel qui souffre d’une Erosion Génétique Extrêmement Galopante :

– 1995 : 33 variétés inscrites dont 26 hybrides F1 .

– 1997 : 32 variétés inscrites dont 28 hybrides F1 .

– 2001 : 35 variétés inscrites dont 33 hybrides F1 .

– 2004 : 39 variétés inscrites dont 37 hybrides F1.

chicorée pain de sucre
Chicorée "Pain de sucre"

L’une des variétés non-hybrides de la liste 2004 est en cours de radiation : encore un petit effort et le seuil des 100 % hybrides F1 aura été atteint ! L’édition du Catalogue Européen (catalogue des catalogues) de 1999 reflète bien cette situation car elle présente 60 variétés dont 55 sont des hybrides F1 .

Réagissant à cet état de fait, les auteurs du chapitre sur les chicorées dans l’ouvrage publié par l’Inra, Histoire de Légumes, commentent : « Toutefois, on peut estimer que la base génétique est trop étroite. Aussi un réseau de ressources génétiques créé en 1995 manifeste un grand dynamisme ». Un grand dynamisme au bénéfice de qui ? Est-ce au service de la création de nouveaux hybrides ? Evoquant l’augmentation des surfaces cultivées en chicorées à racines pour le sucre, les mêmes auteurs se réjouissent de la possibilité, depuis le début des années 1990, de fusionner les protoplastes de la chicorée et du tournesol, ce qui « ouvre la voie à la création sûre et économique de variétés hybrides ».

C’est de l’hybridité high-tech car les protoplastes ne fusionnent pas en plein champ sous l’effet du Saint Esprit. Les mêmes auteurs, dans le chapitre sus-cité, nous éclairent sur le travail intense qu’il a fallu déployer pour créer les hybrides d’endive F1 avec de l’argent public. Dès avant 1960, les chercheurs de l’INRA se sont attelés à forcer les endives à s’autoféconder avec tous les soucis afférents : faible vigueur, « perte d’intercompatibilité contre-sélectionnée par la série d’auto-fécondations antérieures », etc. Des dizaines d’années de labeur pour forcer l’endive de forçage à faire ce qu’elle n’avait pas envie de faire! Ils sont habiles nos chercheurs pour les chimères amères! Comme disait le poète-chanteur : « ma bile est amère et ma mère est habile ! » Que d’amertume ! Mais réjouissons-nous : grâce à la lutte de nos amis Belges, en 2002, nous avons échappé aux chicorées OGM résistantes à un herbicide de Bayer. Etait-ce le même herbicide qui a décimé nos populations d’abeilles ?