Amaranthes à Grains

CLASSIFICATION BOTANIQUE

Il existe trois espèces d’Amaranthes à grains. Ce sont Amaranthus cruentus, Amaranthus hypocondriacus et Amaranthus caudatus.

HISTOIRE

Au début des années 1970, John Robinson, expert en nutrition à l’Université du Michigan, prenant conscience de l’appauvrissement sans cesse croissant de nos substances alimentaires, entreprit d’étudier systématiquement les nourritures traditionnelles de tous les peuples de la planète. Il compara les découvertes archéologiques relatives aux modes alimentaires préhistoriques d’une part et d’autre part les modes alimentaires de quelques peuples pratiquant encore actuellement la chasse et la cueillette. Il put, ainsi, mettre en valeur que la diversité alimentaire se réduisait considérablement lorsqu’un peuple de cueilleurs-chasseurs adoptait un mode de vie plus sédentaire en s’orientant vers l’agriculture. Qui plus est, cette diversité alimentaire se réduisait encore considérablement lorsque l’orientation de l’agriculture passait de la subsistance à la production intensive de quelques espèces alimentaires, telles que le blé, le maïs, le riz, destinées aux grands marchés urbains.

Convaincu que cette perte de la diversité nuisait à la santé humaine, John Robinson partit en quête d’aliments traditionnels qui puissent être réintégrés à la nutrition “moderne”. Après des années de recherche, il conclut que l’Amaranthe, plante Américaine très peu connue, était l’une des trente espèces alimentaires offrant les plus grandes promesses pour l’amélioration de l’alimentation humaine. Alors que les grandes firmes alimentaires lui faisaient la sourde oreille, il présenta, en 1972, son dossier sur l’Amaranthe à Robert Rodale, pionnier aux USA de l’agriculture biologique et éditeur de la revue Organic Gardening.

Amaranthe "Manna de Montana"
Amaranthe "Manna de Montana"

Robert Rodale perçut l’immense potentiel de l’Amaranthe sur le plan de la nutrition et, en 1974, il fit du développement de l’Amaranthe l’objectif prioritaire de son centre de recherches en Pennsylvanie. À la suite de l’Institut Rodale, l’Académie Nationale des Sciences aux USA, mit en valeur cette plante, plus particulièrement dans son ouvrage publié en 1989 “Lost Crops of the Incas”. Cet ouvrage collectif résumait les recherches de plus de 600 chercheurs de 56 pays dans le domaine des espèces alimentaires traditionnelles très prometteuses pour le devenir nutritionnel de l’humanité.

Les chercheurs de l’Institut Rodale avaient de très nombreuses questions. Comment l’Amaranthe était-elle traditionnellement cultivée et préparée ? Quelle était l’extension de sa culture ? Que nous restait-il comme diversité génétique dans les diverses espèces ? Quelle était sa valeur nutritive ? De quelle façon pouvait-on l’intégrer à l’alimentation moderne ?

Deux espèces d’Amaranthes, Amaranthus cruentus et Amaranthus hypocondriacus, furent cultivées en Amérique centrale tandis que les peuples d’Amérique latine développaient la culture d’une seule espèce, à savoir Amaranthus caudatus.

Amaranthe "Plaisman"
Amaranthe "Plaisman"

L’Amaranthe est encore cultivée de nos jours en Amérique centrale : on peut ainsi la trouver choyée par quelques jardiniers dans les célèbres “chinampas”, les jardins flottants de Mexico, protégés par l’Etat Mexicain. Ces canaux magnifiques constituent les vestiges d’un réseau gigantesque qui pourvoyait autrefois la nourriture de 200 000 personnes dans la capitale Aztèque. A l’époque de l’invasion Européenne du Mexique, l’Amaranthe, portant le nom “huautli” dans le langage Nahuatl, constituait l’une des cinq récoltes majeures collectées en tant que tribut à travers les 17 provinces de l’empire. Les quatre autres récoltes étaient le maïs, le piment, les haricots et une espèce de sauge “chia”, Salvia hispanica, dont les graines très nutritives étaient utilisées pour la confection de boissons rafraîchissantes.

La culture de l’Amaranthe remonte à un lointain passé, dans cette terre, puisque des graines d’Amaranthes cultivées ont été découvertes dans les grottes de Tehuacan Puebla au Mexique et datées à 5500 ans.

Ces découvertes archéologiques peuvent, il est vrai, être remises en question quant à la précision exacte de leur échelle chronologique. Néanmoins, elles permettent d’apprécier dans ses grandes lignes, l’évolution des habitudes alimentaires des peuples. C’est à cette époque que certains peuples migrants commencèrent à consacrer une partie de leur énergie, auparavant presqu’exclusivement orientée vers la chasse et la cueillette, à certaines pratiques de jardinage.

On estime qu’il y a 5000 ans, ces peuples commencèrent à maîtriser la culture des courges, des piments et des amaranthes. Ces cultures constituaient environ 6 % de leur alimentation. L’apport de l’agriculture, 1500 ans plus tard, était d’environ 14 %, grâce à la domestication progressive du maïs, des haricots et des gourdes et grâce à l’extension de la culture de l’Amaranthe sur une plus grande saison de croissance, à savoir dès le printemps.

Amaranthe "Rio San Lorenzo"
Amaranthe "Rio San Lorenzo"

La culture de l’Amaranthe fut à son apogée durant l’Empire Aztèque. Pour le peuple Aztèque, l’Amaranthe possédait une valeur nutritionnelle, thérapeutique et rituelle.

Sur le plan alimentaire, l’Amaranthe entrait dans la constitution de nombreux mets : “huauquiltamalli”, un tamale élaboré à partir de graines d’Amaranthes soufflées et moulues ensuite en farine ; “cauhquilmolli”, une sauce délicieuse préparée à partir de feuilles d’Amaranthe ; “tzaollaxcalli”, tortillas de graines d’Amaranthes soufflées et mélangées à un sirop élaboré à partir de la sève d’un cactus. Sur les marchés, des boissons à base de graines d’Amaranthes moulues ou soufflées étaient également offertes à la vente.

Sur le plan thérapeutique, les guérisseurs Aztèques utilisaient tout aussi bien les graines que les feuilles des Amaranthes pour remédier à un certain nombre de disharmonies de la santé.

Sur le plan rituel, l’Amaranthe était la plante sacrée par excellence. Durant certaines fêtes religieuses, des figurines élaborées à partir de pâte d’Amaranthe étaient offertes aux dieux du panthéon Aztèque et étaient parfois consommées lors de certains rituels religieux rappelant le rite catholique de l’eucharistie. Lorsque les nouveaux-nés étaient, de façon rituelle, baignés et nommés, quatre jours après leur naissance, il leur était offert des reproductions miniatures, élaborées à partir de cette même pâte de graines d’Amaranthe, de leurs futurs attributs : arc, flèches ou instruments de cuisine. Certaines figurines étaient également utilisées lors de rituels de guérison.

La valeur sacrée de l’Amaranthe suffit sans doute à expliquer que sa culture fut l’objet de répressions directes ou indirectes, de la part de la chrétienté Espagnole désireuse d’extirper la vieille religion hérétique.

Amaranthe "Mercado"
Amaranthe "Mercado"

Les témoignages des prêtres catholiques de l’époque montrent ô combien ils étaient horrifiés par ce rituel essentiel de la religion Aztèque qu’était le partage de ces figurines consacrées par le peuple Aztèque convaincu de consommer la chair et les os des dieux. En 1525, l’Eglise catholique se lança dans une campagne de destruction systématique de toutes les antiques pratiques religieuses pré-colombiennes et, six ans plus tard, un évêque débordant de zèle affirma avoir détruit 20 000 idoles et 500 lieux de culte.

Ceux qui pratiquaient encore la religion Aztèque étaient soit fouettés, soit réduits au travail forcé dans les monastères, soit exécutés sur le champ. Lorsque certains jardiniers bravaient l’interdiction de faire pousser de l’Amaranthe dans leurs jardins, on allait jusqu’à leur couper les mains ! La population Indienne évaluée à 11 millions d’habitants en 1519 fut réduite à 6,5 millions en 1540, victime d’une exploitation brutale et des maladies Européennes.

Certains récits historiques font encore mention de l’Amaranthe en 1577 en tant que l’une des quatre plantes alimentaires majeures. Quatre siècles plus tard, cependant, l’Amaranthe a totalement disparu de l’alimentation Mexicaine si ce n’est dans des confiseries nommées “alegria” confectionnées à partir de graines d’Amaranthe soufflées mélangées à de la mélasse. Ces confiseries constituent quasiment les seuls vestiges, en Amérique du centre, de l’épopée des Amaranthes à grains, vieille de quelques six mille années.

Dans les Andes, l’autre grand centre de domestication de l’Amaranthe (Amaranthus caudatus), les Indiens de la culture Quechua ont cultivé la “kiwicha”, cette magnifique Amaranthe “queue de renard”, bien connues des jardiniers Européens, depuis des temps immémoriaux. Les Incas, malheureusement, n’avaient pas de récits écrits et on manque d’informations précises sur le rôle exact de l’Amaranthe dans cette civilisation.

amaranthe à grains intense purple
Amaranthe "Intense purple"

Il semble, cependant, que cette plante possédait moins de valeur culturelle pour les Incas que pour les Aztèques. Chez les Incas, en effet, c’était le maïs qui constituait l’aliment rituel alors que la quinoa constituait l’aliment de base. Il reste, néanmoins, que la culture de la kiwicha a perduré jusqu’à nos jours, en particulier chez les Indiens vivant sur l’altiplano ou dans certaines forêts tropicales. Ainsi même si l’Amaranthe est peu cultivée, il semble que sa diversité génétique soit relativement intacte en Amérique latine.

Sur l’altiplano, les paysans Quecha cultivent généralement l’Amaranthe en association avec d’autres plantes tels que la maïs ou la quinoa, et ce principalement dans une zone montagneuse située entre 2700 m et 3500 m d’altitude. Cela fait de très nombreux siècles que les Quechua pratiquent l’association des cultures selon des modalités très sophistiquées. Ces façons culturales protègent les plantes contre les déséquilibres et les prédateurs. Quant au mode de préparation de l’Amaranthe, les familles Quechua confectionnent, tout comme les peuples Aztèques ou leurs descendants, des confiseries élaborées à partir des graines soufflées mélangées à de la mélasse qu’ils appellent “turrones”.

Les villageois consomment parfois directement ces graines soufflées et ils considèrent qu’elles constituent un tonique pour les personnes âgées. Pour le petit déjeuner, ils préparent une farine à partir de ces graines soufflées qu’ils appellent “mas’ka” ; ils confectionnent, également, à partir de graines fermentées, de la “chicha”, une bière consommée lors de fêtes ou offerte rituellement à la Terre-Mère.

Au Pérou, dans la région de Huancavalica, les paysans utilisent la tige de l’Amaranthe en raison de sa haute teneur en calcium. Après avoir récolté les panicules de graines, ils brûlent les tiges, en recueillent les cendres, les mélangent à de l’eau destinée à faire tremper le maïs avant d’en préparer de la pâte pour les tamale. Cet usage des tiges de l’Amaranthe n’est pas fortuit et il met en valeur un aspect essentiel de la sagesse alimentaire de nombreux anciens peuples. En effet, lorsque le maïs fut introduit dans diverses contrées de la planète, certains peuples en devinrent très dépendants et ils consommèrent cette céréale de façon abondante et sans discrimination quant aux déficiences éventuelles de cette plante sur le plan alimentaire. Ces peuples qui avaient adopté le maïs comme un “mono-aliment”, devinrent prédisposés aux atteintes de la pellagre, maladie provoquant des lésions de la peau et une dégénérescence tant sur le plan physique que sur le plan mental.

Amaranthe Guatemalan
Amaranthe Guatemalan

Cependant, dans les Amériques, berceau du développement du maïs, il n’y avait pas de pellagre. Les cultures prétendument primitives du Nouveau-Monde avaient développé une technique sophistiquée et anticipé les découvertes de la science moderne.

Les peuples Mayas, Aztèques et les peuples de l’Amérique du nord, avaient perçu, de façon intuitive, que la cuisson du maïs dans une eau contenant des cendres améliorait cet aliment en tant que source de vitamines. Le maïs réagissait chimiquement avec le calcium des cendres afin de rendre certains acides aminés plus disponibles pour le corps humain. Le calcium libérait la niacine, qui était liée chimiquement, et permettait au corps humain de l’intégrer. C’est ainsi que le “posole” est encore actuellement confectionné et ce traitement alcalinisant du maïs est encore bien vivant au Pérou dans l’utilisation des cendres de tiges d’Amaranthes pour la confection des tamales.

Les Quechuas du sud-Pérou et de l’Équateur utilisent également des Amaranthes sauvages et ont recours à leurs fleurs de couleurs vives pour des pratiques rituelles ou thérapeutiques. Ainsi, dans la région de Cuzco, les fleurs de l’airampo (Amaranthus hybridus) sont utilisées en infusion pour remédier aux maux de dents et aux fièvres. Durant certains festivals, les fleurs rouges des Amaranthes sont utilisées pour colorer la peau des femmes Quechua ou pour colorer la bière chicha. Cet usage de teinture est aussi pratiqué par le peuple Hopi du sud-ouest des Etats-Unis. Les Hopis utilisent une variété d’Amaranthe, dénommée justement de nos jours Hopi Red Dye, pour teindre un pain que l’on appelle “piki”.

C’est aux antipodes du pays Hopi, à savoir en Inde, au Népal et en Mongolie, que l’on rencontre surtout de nos jours l’Amaranthe à grain. En effet, alors qu’en Amérique latine et en Amérique du centre, l’Amaranthe à grain avait quasiment sombré dans les oubliettes de l’histoire, les peuples l’avaient accueillie comme un don du ciel : les Indous l’ont nommée “rajgira”, la graine des rois et “ramdana”, la graine envoyée par les dieux.

Amaranthe "Golden Giant"
Amaranthe "Golden Giant"

L’Amaranthe à grain est tellement implantée dans toutes les contrées himalayennes que les ethnobotanistes sont bien en peine de déterminer l’époque durant laquelle elle fut introduite. Dans certaines régions de moyenne montagne du nord-ouest de l’Inde, les Amaranthes revêtent de leurs couleurs scintillantes plus de la moitié, parfois, des terres non irriguées. Les Gurung, ainsi que d’autres ethnies du Népal les ont pleinement adoptées dans leur haute vallée, tout comme un grand nombre de peuples au Bhoutan, dans les collines de l’Inde du sud, dans les plaines de la Mongolie et dans les montagnes de l’Ethiopie.

Les peuples de l’Himalaya en font éclater les grains qu’ils mélangent à du miel afin de confectionner de délicieuses pâtisseries appelées ”laddoos” tout comme les Mayas et les Aztèques d’antan.

Daniel K. Early, professeur d’anthropologie à l’Université d’Oregon, est un des pionniers de la recherche sur l’Amaranthe. Après avoir étudié, en 1975, les quelques terroirs du Mexique et, en 1985, les quelques pays de l’Amérique latine dans lesquels l’Amaranthe s’épanouit encore, il dirigea ses pas vers les montagnes du Népal au sein desquelles les Amaranthes flamboient depuis des siècles et peut-être même des millénaires. Il y étudia les façons culturales ainsi que les modalités culinaires et les applications thérapeutiques propres à cette plante.

Il découvrit, un jour, en buvant le thé chez un sherpa que ce fermier utilisait les grains d’Amaranthes pour remédier à un certain nombre de déséquilibres de la santé, en particulier des maux d’estomac appelés “gano”.

Le jour suivant, en visite chez un moine d’un temple bouddhiste, il s’avéra que les graines d’amaranthes entraient également dans la confection de pilules destinées à soulager certains problèmes de santé dont ces mêmes maux d’estomac. Il fut enthousiasmé par cette découverte parce qu’elle corroborait certaines utilisations thérapeutiques des Amaranthes au Pérou, mais surtout parce qu’elle confirmait les découvertes récentes d’un chercheur quant à la très forte concentration de vitamine E dans les embryons de graines d’Amaranthes.

La vitamine E est réputée fortifier le système immunitaire et la sagesse antique des peuples est révélée dans la modalité culinaire ancestrale la plus utilisée pour les Amaranthes sur les trois continents, à savoir le soufflage des graines. Cette technique est également utilisée pour la confection du “pop-corn”. Le soufflage, en effet, préserve l’intégrité totale de l’embryon dans les graines de l’Amaranthe. Il semble être, de plus, selon les traditions des paysans Nepali, Mexicains et Péruviens, la première phase idéale dans la cuisson de l’Amaranthe. En effet, lorsque l’Amaranthe est cuite sans le soufflage, elle peut manifester une saveur quelque peu amère.

De tous temps, l’Amaranthe a été considérée comme une plante sacrée et une plante médicinale. Elle constitue, dans la pharmacopée des peuples de l’Amérique du nord, un remède souverain pour tous les problèmes de diarrhées, de dysenteries et d’hémorragies tant internes qu’externes. L’Amaranthe est présente dans de nombreuses légendes et dans de nombreux rituels des cultures de l’Inde, de la Chine et du Japon : elle est réputée conférer santé et longévité. Chez les Grecs, l’Amaranthe (du grec amaranthos, qui ne flétrit pas) est le symbole de l’immortalité. Les guerriers qui s’en couronnent la tête sont réputés devenir invisibles ! On la retrouve même dans la “Guirlande de Julie” dont elle vante aussi la beauté en un court madrigal :

« Je suis la fleur d’amour qu’Amaranthe on appelle

Et qui vient de Julie adorer les beaux yeux

Roses, retirez-vous, j’ai le nom d’immortelle

Il n’appartient qu’à moi de couronner les dieux. »

L’épopée planétaire de ces Amaranthes immortelles reste quelque peu mystérieuse. Comment se fait-il que depuis plusieurs siècles, l’Asie, et plus particulièrement l’Inde, soit le principal centre de culture des Amaranthes à grain ?

De nombreux chercheurs se sont penchés sur cette énigme. Il semble plus que probable que les centres d’origine génétique des Amaranthes à grain (Amaranthus caudatus, Amaranthus hypocondriacus et Amaranthus cruentus) se situent dans les Amériques.

NUTRITION

Le grain de l’amaranthe contient une très grande teneur en protéines, de 16 à 18%, donc beaucoup plus que les céréales de la famille des poacées. Cependant, cette teneur protéique est un aspect beaucoup plus essentiel pour les pays du Tiers-Monde, en raison de leur croissance démographique et de la désertification de nombreux territoires, que pour les pays riches qui souffrent bien souvent d’une alimentation un peu trop protéinée.

Amaranthe "Amont"
Amaranthe "Amont"

Par contre, la protéine de la graine d’amaranthe est une des plus équilibrées que l’on connaisse et ce seul aspect suffirait à considérer l’amaranthe comme une des plantes les plus prometteuses pour l’alimentation de l’homme. On attribue à la protéine idéale (selon les normes de la FAO) la valeur 100 et il est très intéressant de comparer les valeurs des protéines les plus utilisées : la protéine de la graine d’amaranthe atteint une valeur de 75 (et selon certains auteurs 87), celle du maïs une valeur de 44, celle du blé une valeur de 60, celle du soja une valeur de 68 et celle du lait de vache une valeur de 72.

Ainsi, les protéines des céréales utilisées en Occident sont très pauvres en lysine, un des acides aminés essentiels à la santé humaine : la graine d’amaranthe en contient deux fois plus que le blé et trois fois plus que le maïs. L’Académie Nationale des Sciences aux USA a mis en valeur que le mélange de farine de maïs et de farine d’amaranthe permettait de bénéficier de la protéine idéale avec une valeur 100. La valeur nutritive des amaranthes à grains est une des finalités essentielles de la répertoriation, de l’évaluation et de l’amélioration des milliers de cultivars utilisés par de nombreux peuples de la planète. Ainsi, à Simla, en Inde, les chercheurs ont découvert des variétés d’amaranthes contenant plus de 22% de protéines dans les graines et plus de 7% de lysine dans la protéine alors que la moyenne est de 5,5%. On peut de nouveau affirmer que cette quantité de lysine dans la protéine des graines d’amaranthe est un aspect essentiel pour l’équilibre alimentaire des pays du Tiers-Monde, dont les aliments de base sont le plus souvent des céréales.

Les populations des pays riches qui consomment beaucoup de viande y trouvent la quantité de lysine nécessaire à la santé humaine.

Amaranthe mexicaine
Amaranthe mexicaine

Il semble, néanmoins, extrêmement important de proposer à ces pays riches des céréales plus équilibrées qui permettraient peut-être de diminuer la consommation parfois excessive de viande dans un monde qui souffre de plus en plus de malnutrition. Outre sa qualité protéique, la graine d’amaranthe contient beaucoup de calcium, de phosphore, de fer, de potassium, de zinc, de vitamine E et de vitamine B.

C’est également cette richesse nutritionnelle qui démarquent les amaranthes à feuilles des autres légumes à feuilles. Les feuilles d’amaranthes, en effet, sont une excellente source de carotène, de fer, de calcium, de protéine, de vitamine C et autres oligoéléments. A titre de comparaison, il y a par exemple, dans les feuilles des amaranthes à grain, trois fois plus de vitamine C, 10 fois plus de carotène, 15 fois plus de fer, 40 fois plus de calcium que dans les tomates. Les feuilles d’amaranthe contiennent trois fois plus de vitamine C, trois fois plus de calcium et trois fois plus de niacine que les feuilles d’épinard.

Prenons encore l’exemple de l’Amaranthus palmeri, largement consommée par les peuples Yaqui, Papago et Pima du désert de Sonora en Amérique. Elle contient 3 fois plus de calories, 18 fois plus de vitamine A, 13 fois plus de vitamine C, 20 fois plus de calcium et 7 fois plus de fer que des feuilles de laitue !

Les amaranthes, qu’elles soient à grains ou à feuilles, constituent de véritables centrales solaires. Elles font partie des plantes privilégiées de la planète qui utilisent un mode de photosynthèse appelé C4.

Ce mode de photosynthèse est particulièrement efficace dans toutes les conditions climatiques de sécheresse, d’extrême chaleur et de grande intensité solaire. Il permet à ces plantes de convertir deux fois plus de lumière solaire en “croissance” que les autres plantes utilisant un mode de photosynthèse C3, et ce pour la même quantité d’eau. Leur productivité peut considérablement varier en fonction des variétés, des climats, de la richesse du sol, etc… Elles peuvent produire entre 500 kg et 5 tonnes de grains par hectare.

Amaranthe "Golden"
Amaranthe "Golden"

Les variétés introduites aux Etats-Unis par l’Institut Rodale et certaines universités, telles que Plainsman et K 432, sont réputées produire en moyenne 2 tonnes à 2 tonnes et demies par hectare. Des rendements atteignant 6 tonnes par hectare ont même été obtenus dans certains terrains d’expérimentation.

Certaines recherches réalisées en Chine ont mis en évidence que l’amaranthe consommait 40 % en moins d’eau que du maïs semé au même moment. La souche 1024 de l’Institut Rodale envoyait ses racines à près de 3 mètres de profondeur et son système racinaire atteignait près de 200 kilomètres de développement ! Les graines de l’amaranthe sont excessivement minuscules puisqu’un gramme en contient en moyenne 1000, mais qu’il peut en contenir jusqu’à 3000. Il n’est pas rare d’avoir de magnifiques panicules contenant plus de 100000 graines. On rapporte même que l’on a pu dénombrer sur certaines plantes 450 000 graines ! Cela n’est pas étonnant lorsque l’on voit que des semis spontanés d’amaranthes à grains croissant en isolation, sans être gênés par d’autres plantes, peuvent atteindre trois mètres de hauteur et une envergure de plus d’un mètre, avec des tiges faisant 5 cm de diamètre à la base.

On ne peut qu’admirer le génie des peuples des montagnes ou des déserts qui pendant des millénaires ont transformé et amélioré des amaranthes sauvages, aux tiges et inflorescences piquantes et aux graines amères en de magnifiques panicules aux inflorescences douces et aux graines savoureuses, flamboyant de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Elles sont un hommage à la beauté, à la nutrition véritable et à la sagesse de co-évolution de l’homme avec son environnement.

CONSEILS DE JARDINAGE

Il est conseillé de semer les amaranthes lorsque la terre est bien réchauffée, à savoir dans la plupart des régions de la mi-mai au début juin. En raison de l’extrême petitesse des graines et de l’ampleur considérable que prennent les plantes à maturité, il est nécessaire de prêter grand soin aux semis. Les semis doivent être réalisés avec une main légère et il n’est pas nécessaire que les semences soient trop enfouies dans la terre.

Au Mexique, certains jardiniers, répétant les gestes de leurs ancêtres Aztèques, sèment en tirant un petit balais, accroché à leur bras, afin de recouvrir le semis très légèrement d’un peu de terre. Il est conseillé, lorsque les jeunes plants ont atteint 10-15 cm, de les éclaircir.

Amaranthe "Népalaise"
Amaranthe "Népalaise"

En fait, il est de loin préférable de semer l’amaranthe en clayettes et en pépinière ; les jeunes plants doivent être repiqués au stade des deux premières feuilles en godet individuel. Il est, ensuite, impératif de les repiquer dans le jardin lorsqu’ils ont une douzaine de centimètres de hauteur. Il est, en effet, difficile pour des plants qui ont pris trop de tige en pépinière d’avoir une croissance harmonieuse. S’il est vrai que les amaranthes, en tant que plantes “C4”, peuvent très bien survivre et se développer sans trop d’eau, il reste qu’elles ont besoin d’arrosage lors de la première phase de croissance, à savoir durant le premier mois suivant le repiquage dans le jardin, lorsque la compétition avec les autres plantes est ardue.

La distance, entre deux plants, au moment du repiquage ou de l’éclaircissement varie en fonction des modalités culturales ou des souhaits des jardiniers. Ainsi, plus les plantes ont de l’espace (entre 30 et 45 cm), plus leur ampleur est considérable et plus elles sont susceptibles à la verse, lors de grandes tempêtes, en raison de la grande quantité de grains qu’elles portent. Au contraire, plus l’espace est réduit (entre 10 et 30 cm), moins les plantes ont de l’ampleur et moins elles sont susceptibles à la verse ; elles sont cependant, dans ce cas, plus sensibles au stress de l’eau en cas d’extrême sécheresse.

Ainsi, à Shimla, dans l’Himachal Pradesh, la variété “Annapurna” a donné les meilleurs rendements, à savoir 35 quintaux l’hectare, pour un espacement de 20 cm sur le rang et de 50 cm entre les rangs.

Le fumage du terrain reste également à la discrétion du jardinier. Les amaranthes peuvent souvent se contenter de terrains relativement pauvres. Plus la terre est riche, plus les panicules seront imposants et plus il y aura un risque de verse. Il faut souligner que ce risque est moindre avec les variétés telles que la K 432, l’Amont ou la Plainsman qui sont beaucoup plus trapues et résistantes aux grands vents et ce malgré leur très grande productivité.

Les amaranthes se plaisent très bien en altitude dans les zones de moyenne montagne. Elles sont toute aussi résistantes à la chaleur qu’au froid. Il est cependant conseillé, dans ce type d’environnement, de privilégier les variétés à cycle court si l’on désire récolter des graines. Si la culture des amaranthes est réalisée pour la flamboyance de leurs panicules, toutes les variétés peuvent être semées en montagne.

POLLINISATION

Les amaranthes produisent les fleurs mâles et les fleurs femelles sur la même plante. Les amaranthes sont des plantes auto-fécondes. Selon des recherches récentes, il semble que de 5 à 30 % des plantes soient pollinisées par le vent et par des insectes. Tout dépend, en fait, de l’environnement et des populations d’insectes. En effet, nous avons pensé pendant des années que les amaranthes s’hybridaient seulement sous l’effet du vent.

Lorsque nous avons élaboré des jardins de production de semences dans le sud de l’Inde, nous avons pris conscience que les panicules d’amaranthes étaient couverts de centaines de petites abeilles sans dard du genre Trigona qui butinaient pendant de longues heures. Dans ce cas, il est certain que les hybridations inter-variétales ou inter-spécifiques sont très élevées.

Afin d’éviter ce processus de pollinisation croisée, il est conseillé d’isoler toute variété d’amaranthe à feuilles d’une autre variété d’amaranthe à feuilles ou à grains de quelques centaines de mètres à un kilomètre en fonction de l’environnement et des insectes. Cette distance peut être grandement réduite lorsqu’il existe des barrières végétales naturelles, ou cultivées à dessein, telles que des plantations de maïs, de quinoas, de tagètes nématocides ou de sorghos. Cela s’applique dans les zones tempérées dans lesquelles, à priori, les insectes pollinisateurs ne sont pas présents sur les panicules d’amaranthes.

PRODUCTION DE SEMENCES

Il est également possible de couvrir le panicule avec un bonnet lorsque le panicule se forme mais avant que les premières fleurs ne s’épanouissent. Dans ce cas, afin d’éviter la dépression génétique, il est conseillé de cultiver ensemble 4 ou 5 plantes dans une sorte de cage à tomates et de recouvrir toutes ces plantes d’un même bonnet de voile tissé. Le vent devrait suffire à acheminer le pollen sur les fleurs femelles mais on peut aussi secouer vigoureusement le bouquet de panicules chaque matin afin de favoriser la fécondation. Le bonnet doit rester en place jusqu’à la récolte car la floraison et la fructification sont très étagées : les premières semences mûrissent dans la partie inférieure du panicule alors que des fleurs s’épanouissent encore dans la partie supérieure.

Amaranthe "Opopeo"
Amaranthe "Opopeo"

La récolte des graines peut se faire progressivement, au fil de la maturation, en secouant les panicules dans un grand sac en papier. On peut également couper la tige et mettre toute la plante à sécher la tête en bas au dessus d’une toile dans un endroit sec, ventilé et ombragé. Il faut ensuite battre les panicules afin de permettre aux semences de se libérer.

Pour le nettoyage final, on peut utiliser un tamis à très fines mailles. On peut également, pour de petites quantités, déposer les semences dans un bol et faire tourner les semences afin que les débris émergent à la surface.

Les semences d’amaranthes ont une durée germinative moyenne de 10 ans. La couleur des semences d’amaranthes à grains est normalement ou blanche ou jaune ou rose. Il arrive parfois que l’on trouve des graines noires dans les sachets à semer et il est alors conseillé de les ôter avec une paire de pinces à épiler.

Par contre, la couleur des semences des amaranthes à feuilles est normalement de violette à noire.

Voici une expérience réalisée par David Brenner, responsable aux USA des collections d’amaranthes, et qui met en valeur l’importance de la pureté variétale par l’élimination des graines noires : “En 1992, j’ai semé expérimentalement des graines noires issues d’un lot commercial de semences de Plainsman qui n’en contenait que peu. Sur les 76 plantes que j’ai obtenues à partir de ces graines noires, 39 % des plantes ressemblaient à des Plainsman mais avaient des graines noires ; 13 % avaient des graines noires et des caractéristiques de plantes sauvages ; 28 % des plantes ressemblaient à des Plainsman et avaient des graines blanches ; 16 % avaient des graines blanches et des caractéristiques de plantes sauvages.” Une parcelle de contrôle avait été réalisée en semant exclusivement des graines blanches. Sur les 141 plantes obtenues, aucune ne se caractérisa par des graines noires ou des caractéristiques de plantes sauvages.